Belgique Pour le papa de Julie, les choses sont claires : "Dutroux est irrécupérable, donc non réinsérable"

L’avocat Bruno Dayez plaide pour une libération de Marc Dutroux… Comprenez-vous sa démarche ?

"Elle est parfaitement légale, en Belgique, pour le moment. Pour ma part, je dirais simplement que les experts psychiatres ont démontré que Dutroux est un psychopathe, que sa pathologie ne se soigne pas, que c’est irrécupérable et qu’il est socialement non réinsérable. Partant de ce constat, je me demande ce que cherche Bruno Dayez, à part faire le buzz et avoir une visibilité personnelle."

Le fait d’imposer une souffrance au condamné permet-il vraiment aux victimes, comme on le dit souvent, de "faire leur deuil", pour utiliser une expression galvaudée ?

"Pas question ici d’accentuer ou de prolonger une souffrance du condamné, mais de protéger notre société des cas de récidive d’individus tels que Dutroux. On n’inflige pas de souffrances, on ne veut plus avoir de prédateurs, de gens nocifs dans notre société."

Me Dayez dénonce le régime de sécurité particulière (RSPI) sous lequel Dutroux est placé. Selon lui, ce régime de détention, "équivaut à peu près à légaliser la torture…"

"La torture de Dutroux, je n’en ai rien à faire. Quelle torture ? Avez-vous vu dans quelles conditions les petites étaient séquestrées ? Moi, ce que j’aurais voulu avoir, c’est ma fille à mes côtés. Lui a pris des risques, il a joué, perdu, et c’est à lui à assumer, pas à moi à faire des courbettes pour qu’il puisse bénéficier d’un traitement meilleur."

Selon l’avocat, la médiatisation des victimes, de surcroît dans une affaire comme celle-ci, transforme les victimes en "agents de la répression"… On vous a, pour votre part, beaucoup reproché d’être omniprésent dans les médias.

"Je n’ai jamais demandé à aller sur les plateaux télé. Je me suis montré disponible quand la presse me contactait pour demander des éclaircissements. Je vous rassure, je n’ai pas un orgasme quand je vois ma photo dans le journal ! Que les choses soient claires. Ici, j’ai essayé de retrouver les filles, c’était notre objectif. On s’est mis pas mal de monde à dos mais je m’en fous, la priorité était de les rechercher. La seconde partie du combat a été d’essayer d’obtenir la vérité sur notre affaire et de nous mettre à la disposition de ceux qui le souhaitaient pour faire en sorte, autant que possible, que ce type de chose ne se reproduise pas. À un moment, j’ai voulu mettre un frein à ce combat. J’ai arrêté d’en parler, car ça me polluait. Mais ça s’est révélé impossible car il y avait régulièrement des éléments liés au dossier qui surgissaient. Et si je ne réagissais pas par rapport à la sortie de tel ou tel bouquin - en l’occurrence, ici, sur l’évocation de la libération conditionnelle de Dutroux -, je pense que ce serait un acte de lâcheté par rapport à la population. Il serait lâche de ne pas monter au créneau pour dénoncer ce que je vois comme de la provocation."

Que serait à vos yeux une peine réparatrice ?

"Il n’est pas question de réparer car il n’y a, dans notre cas, rien de réparable. On ne parle pas d’un téléphone portable qui est tombé et qu’on va remplacer ! On parle de la mort d’enfants. C’est irréversible. En revanche, ce qui m’intéresserait, c’est de connaître la vérité sur ce qui s’est réellement passé après le 24 juin 1995, quand Julie et Melissa ont disparu. On ne sait toujours pas avec certitude. Chacun a sa version. Peut-être qu’un jour, les langues se délieront."

Si Marc Dutroux vous demandait pardon, accepteriez-vous de l’entendre ?

"Pas du tout. Il n’est pas question de pardon. Ma fille ne s’est pas envolée. Il est responsable de tout ce qui s’est passé, ça a été jugé. Ne me parlez pas de pardon. Quoi qu’ils fassent, ni Michelle Martin, ni Dutroux, ni les autres, ni ceux que je ne connais pas - car, pour moi, ils n’étaient pas seuls responsables dans cette histoire - ne pourront demander pardon."


Découvrez la longue interview de Jean-Denis Lejeune dans dans le Paris Match Belgique de ce jeudi