Jean-Louis Denis condamné à 10 ans de prison pour avoir dirigé une filière terroriste

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Le tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné vendredi après-midi Jean-Louis Denis dit "le soumis", un prédicateur musulman médiatisé, à une peine de dix ans d'emprisonnement pour participation aux activités d'un groupe terroriste en tant que dirigeant. Le tribunal a également condamné neuf autres prévenus, dont la plupart font défaut, à des peines de cinq et quinze ans de prison. Il a aussi acquitté l'épouse de Jean-Louis Denis et a accordé la suspension du prononcé à l'un des jeunes prévenus qui avait rejoint la Syrie en 2013 et qui était rapidement revenu en Belgique. Le tribunal a considéré que Jean-Louis Denis avait bien agi comme dirigeant d'une filière terroriste en poussant de nombreux jeunes Bruxellois musulmans à partir faire le djihad en Syrie.

Le tribunal a parlé de "rôle néfaste de gourous autoproclamés tels que Jean-Louis Denis auprès de jeunes en quête de repères et qui ont une connaissance limitée de leur religion".

Il a précisé que Jean-Louis Denis était "au centre de la filière" et qu'"il a attiré de nombreux jeunes en se rendant sympathique auprès d'eux pour ensuite susciter leur révolte en inventant des ennemis fantasmés".

Il a poursuivi en affirmant que les jeunes avaient vu Jean-Louis Denis comme le "héros auquel ils aspiraient ressembler" et que cet homme leur avait présenté le djihad comme un devoir pour tout musulman, qu'il les avait éloignés de leur milieu familial et encouragés à rejeter l'autorité parentale.

Le tribunal a ensuite condamné Mohamed Khemir, dit "le Tunisien", et Mickaël Devredt, appelé "Abou Ryan", à des peines de cinq ans de prison, disqualifiant pour eux la prévention de dirigeant d'une filière terroriste en membre d'une filière terroriste.

Les juges ont accordé une mesure de sursis sous conditions à Mickaël Devredt mais pas à Mohamed Khemir qui a, selon eux, minimisé son ancrage dans la mouvance djihadiste.

Le tribunal a ensuite condamné six prévenus à des peines de cinq de prison également et trois autres à des peines de quinze ans de prison, par défaut. Ces prévenus avaient rejoint les zones de combat en Syrie, entre 2013 et 2014. Ils s'y trouveraient toujours ou y seraient décédés.

Enfin, le tribunal a acquitté l'épouse de Jean-Louis Denis qui était prévenue d'avoir, comme son mari, dirigé la filière.

Les juges ont relevé qu'il n'y avait dans le dossier aucune preuve d'une déclaration que celle-ci aurait faite concernant le djihad armé ou de contacts qu'elle aurait eus avec le milieu de l'Islam radical.

Le tribunal a aussi accordé la suspension simple du prononcé à l'égard d'un jeune qui était prévenu dans ce dossier pour avoir rejoint la Syrie en 2013.

Le jeune homme était, à l'époque, élève dans une école de Vilvorde. Il avait eu des contacts avec Jean-Louis Denis et d'autres hommes qui étaient partis en Syrie peu avant.

Néanmoins, une fois là-bas il avait rapidement voulu partir. Il avait pu quitter la Syrie avec l'aide de la police turque, dont de hauts fonctionnaires font partie des relations de son père, un Bruxellois originaire de Turquie.

Le tribunal a tenu compte du fait que ce prévenu avait totalement rompu ses liens avec le djihadisme et qu'il avait brillamment entamé des études de traducteur à l'ULB.

L'enquête à charge de Jean-Louis Denis, un prédicateur musulman médiatisé d'une quarantaine d'années, avait débuté en avril 2013 lorsque deux élèves de l'Athénée Fernand Blum à Schaerbeek étaient partis en Syrie.

Les deux jeunes, mineurs, avaient été signalés à plusieurs reprises comme faisant partie de l'entourage du prédicateur. Ils avaient notamment participé à la distribution de nourriture que Jean-Louis Denis organisait à la gare du Nord via son association "Resto du Tawhid".

En décembre 2013, Jean-Louis Denis avait été arrêté, puis, quelques semaines plus tard, Mohamed Khemir et Mickaël Devredt.