Belgique

En 2013, lorsque les départs de djihadistes vers la Syrie se sont multipliés, on l’a beaucoup vu à la télévision. C’était l’archétype du converti à l’islam radical, véritable agitateur public tentant de rallier à ses idées les plus modérés des musulmans.

On l’accusait d’être à l’origine de l’envoi vers la Syrie de jeunes Bruxellois, dont deux élèves de l’athénée Blum de Schaerbeek. Il a été arrêté en décembre 2013. Il n’a plus quitté la prison : il a passé près de trois ans à l’isolement complet et a été privé pendant un an de voir son fils né lorsqu’il était détenu, dénoncent ses avocats, Mes Sébastien Courtoy et Henri Laquay.

Vendredi, à la cour d’appel de Bruxelles - devant laquelle il conteste la peine de 10 ans de prison à laquelle il a été condamné en première instance - il a dit être un autre homme. "J’ai été manipulé. Je n’avais pas conscience de la gravité de mes paroles. J’ai été dépassé par les événements", dit cet homme, qui a terminé ses primaires à 14 ans et qui sait à peine écrire. Deux ans plus tard, il vendait des hamburgers à la sortie des stades de football avec ses parents.

Il affirme qu’aujourd’hui, s’il était libre, sa seule priorité serait ses quatre enfants et l’aide aux pauvres.

A l’appui de sa demande de clémence - sa défense plaide pour un sursis probatoire - ses avocats affirment qu’il n’a jamais été un recruteur.

En première instance, le tribunal avait relevé que dix-huit jeunes avec qui il avait été en contact étaient partis combattre en Syrie en 2013. Certains y sont morts. D’autres y sont toujours. Parmi eux, un jeune homme de Vilvorde que l’on a vu aux côtés d’Abdel Hamid Abaaoud dans un pick-up dans la tristement célèbre vidéo où l’architecte des attentats de Paris traîne des cadavres.

Un clown plutôt qu’un dirigeant

Mais, pour la défense, Jean-Louis Denis n’est pas le dirigeant terroriste que voit en lui le parquet fédéral et qui justifie le réquisitoire à une peine de 15 ans de prison.

Pour Me Courtoy, si Jean-Louis Denis a tenu de tels discours vecteurs de haine, c’était pour que l’on parle de lui, par excentricité. A ses yeux, il n’est en rien ce dirigeant d’un groupe terroriste qui a incité au djihad, endoctriné, recruté et facilité le départ.

L’avocat estime que ces jeunes étaient déjà radicalisés quand ils ont fréquenté Jean-Louis Denis.

S’il y a bien un recruteur qui donne les contacts des passeurs en Turquie, c’est Abdelkader El Farssaoui, qui n’a jamais été inquiété. Car, précise l’avocat, il était informateur de la justice, alors que, quelques semaines avant son équipée, Mohamed Merah lui avait rendu visite à Bruxelles.

Jugement le 18 novembre.