Jean-Marc Nollet et le radio-(r)éveil magique

Annick Hovine Publié le - Mis à jour le

Belgique

Ce doit être son côté grand gamin, jamais loin à reprendre le dessus : pas question pour Jean-Marc Nollet de révéler par téléphone le choix de son objet fétiche. Le vice-président Ecolo du gouvernement wallon tient absolument à garder le mystère. Au moment de le lever, son regard s’allume : on le sent excité comme un gosse, malgré l’heure matinale. Imposante, la vieille radio de sa grand-mère trône sur la table du petit-déjeuner dressée aux aurores dans son cabinet namurois. Il tourne autour, branche la prise, exhibe le domino désormais illégal mais indispensable - vielle prise oblige - pour l’utiliser. "Ce n’est pas une radio d’apparat : elle fonctionne encore ! Elle date du début des années 50. Quand on l’allume, elle prend son temps. Il faut qu’elle chauffe".

La Novak en acajou est magnifique. Il manque juste le bouton pour la FM. Le ministre Ecolo en charge du Développement durable, de l’Energie, du Logement et de la Fonction publique chipote aux autres boutons, ajuste le volume, ouvre l’antenne, se branche sur Europe 1. "Il faut tout régler !" La radio crachote, hoquette, s’ajuste. "Elle est surtout décorative mais j’aime bien l’utiliser. Elle était sur la table du salon de ma grand-mère qui écoutait surtout les longues ondes : les radios françaises et radio Londres. C’était une façon de s’ouvrir sur le monde."

C’était la deuxième radio de ses aïeuls qui avaient acheté un premier appareil, plus haut, plus vertical et avec un seul bouton de réglage, en 1939, pour suivre l’évolution de la guerre sur les différents fronts. "Mon père m’a raconté qu’ils l’écoutaient la porte fermée. Moi je n’ai pas connu cette radio-là".

A l’époque, les maisons des parents et des grands-parents étaient côte-à-côte à Mouscron, ville dont Jean-Marc Nollet, 42 ans, est originaire. "On n’avait pas la télévision. Les samedis et les dimanches, on allait le midi chez ma grand-mère. Cette radio se trouvait dans la pièce où on était tout le temps. Elle a marqué mon enfance." Il l’a reçue au moment du décès de sa grand-mère.

On fait un (mini) tour de France et du monde rien qu’en lisant, sur la face avant de la vieille Novak, les noms des villes dont l’appareil pouvait capter les émissions : Marseille, Athènes, Istanbul, Lyon, London, Budapest, Bruxelles IV (!), Hilversum, Andorra, Beromunster, Ottringham - "C’est où ça ?" Le ministre se penche sur sa radio, ravi de replonger dans ce morceau d’enfance. "C’est vraiment un plaisir de retrouver cet univers-là. La radio, c’est comme un fil dans ma vie : j’ai fait des études en Sciences politiques, avec une option en Relations internationales. Je suis sûr que ce n’est pas sans lien avec toutes ces villes", sourit-il.

A onze ou douze ans, son frère et lui reçoivent en cadeau tous les composants pour créer une petite radio : résistance, transistor, câbles "C’était prémonté : on devait juste réaliser le câblage entre les différents éléments. On pouvait réceptionner en bas les émissions qu’on fabriquait dans la salle de jeux", rigole-t-il.

Il se prend au jeu. A 16 ans, il devient animateur à "Radio Loisirs 81", une radio libre associative de Mouscron, "sans pub, ce qui était rare". Elle fonctionnait sur base de cotisations. En journée, l’antenne était cédée à des associations qui s’occupaient de jeunes handicapés. "A l’époque, chaque radio libre se battait pour sa petite bande fréquence. On avait trouvé deux ou trois curés sympathisants de la cause associative qui acceptaient qu’on aille placer des antennes dans le clocher de leur église. Quand on faisait des directs depuis les fêtes d’école et de quartiers plus éloignés, on allait très tôt, avant la première messe, la détacher et la placer provisoirement comme antenne-relais au meilleur endroit". C’était du direct - avec tous les aléas qui y sont liés. "J’adorais ça : il y avait souvent des incidents. On devait forcément sortir de la routine."

La radio a toujours fait rêver Jean-Marc Nollet. Gosse, il se branchait sur France Inter ou sur RTL, pour écouter "Les Routiers sont sympa". Il ouvre les yeux tous les matins avec la radio dans les oreilles, son unique réveil. "C’est une façon de s’éveiller au monde. C’est un outil d’information fantastique, qui fait travailler mentalement. On essaie de reconstituer le visage de la personne qui parle. Aujourd’hui encore, quand je suis invité en radio, ça reste une passion et un mystère à la fois. Même si j’en connais les codes, il reste quelque chose d’un peu magique."

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