Belgique

Portrait

Cinq sièges d'un coup à la Chambre et un au Sénat et ce alors que le nouveau parti a fait l'objet d'un boycott médiatique appuyé, privé de tout débat sur la chaîne publique : on comprend que dimanche soir, l'ex-entraîneur national de judo, Jean-Marie Dedecker était sur un petit nuage avec ses militants venus fêter ça "dans un simple bistrot qui incarne bien notre idéal : être le parti du bon sens" . Non seulement, les sondages n'avaient cessé de le carboniser mais dans la meilleure des hypothèses, il aurait été très content de décrocher un élu dans chaque assemblée. Une certitude : ce n'est pas au Vlaams Belang (VB) mais à l'Open VLD que JMD a piqué des voix. Une belle revanche contre le parti qui l'avait accueilli comme un sauveur avant de devoir le suspendre puis finalement le débarquer.

Il faut dire que les libéraux avaient connu des recrues plus dociles, mieux formatées pour son électorat bourgeois.

Indécrottable individualiste au verbe haut et parfois un peu trop clair, Dedecker amena, excusez du peu, 52 492 électeurs au VLD qui fit mine de ne pas entendre ses attaques tous azimuts, mâtinées d'une bonne louche de poujadisme contre l'establishment belge, famille royale en tête qu'il compara à "un guignol" .

Dans la cellule de Dutroux

Il est vrai que Dedecker ne cachait pas ses options républicaines qu'il canalisa en étant à la pointe du combat pour réduire les dotations princières mais aussi "intra-muros" en faisant mettre à l'ordre du jour d'un congrès la question de l'utilité de la monarchie.

Chouchou des médias pour son côté "grande gueule" mais aussi pour son expertise en matière sportive ce qui le fit souvent figurer aussi dans les pages sportives comme chevalier blanc, Dedecker poussa le bouchon trop loin en introduisant un journaliste de VTM dans la cellule arlonaise de Marc Dutroux mais le VLD ne voulait pas se débarrasser de son faiseur de voix. Il fut suspendu pendant trois mois ce qui ne l'empêcha pas de continuer à distiller ses petites phrases assassines. En 2004, il fut élu au Parlement flamand mais bouscula encore son parti en se présentant à sa présidence contre Bart Somers. Le challenger se défendit bien puisqu'il obtint 38 pc. De quoi l'amener à suivre une course encore plus personnelle et à faire preuve de plus en plus de démagogie pour la vitesse au volant, contre l'interdiction de fumer dans les lieux publics... Des approches inspirées selon lui par son "libéralisme intégral".

Au lendemain des communales de 2006, il fut finalement exclu du VLD et accueilli à bras ouverts par la N-VA. Mais c'était compter sans le CD&V qui rejeta ce transfert encombrant. Et pas seulement parce que Dedecker avait dit que "Jo Vandeurzen avait le charisme d'un lavabo"...

Surprenant : la semaine dernière dans le "Laatste Nieuws" et dimanche soir à la télé, l'ancien judoka ne cessa de faire des ouvertures tous azimuts.

Y compris au cartel et à Yves Leterme. A tel point que Bart De Wever expliqua que rien n'était jamais définitif en politique. On a cependant de la peine à penser que la réconciliation dépassera le stade interpersonnel car la question avait divisé les chrétiens-démocrates et les ex-VU. Pour le CD&V, la présence de Dedecker sur ses listes aurait décrédibilisé le parti.

C'est que le bouillant sénateur est et reste aussi un adversaire déterminé et absolu du cordon sanitaire. Après son expulsion du VLD, il aurait d'ailleurs pu rejoindre les rangs de l'extrême droite.

Mais finalement, il créa sa propre liste. Avec des déçus du libéralisme mais aussi des membres d'autres partis en rupture comme l'ex-sénatrice SP.A, Mimount Bousakla.