Belgique

Ce lundi, Stefaan De Clerck rencontrera les responsables communautaires juifs pour lever l’équivoque autour de ses propos malheureux sur la collaboration. Mais un autre front s’est ouvert contre lui après que le Rassemblement-Wallonie-France eut révélé qu’un représentant du ministre pourrait comme l’an passé déposer une couronne à une commémoration brugeoise, ce samedi 21 mai, autour du drame d’Abbeville où le 20 mai 1940, des soldats français avaient froidement exécuté, sans autre forme de procès sur le kiosque municipal, 21 personnes proches de mouvements d’extrême droite, mais aussi du monde communiste ainsi que des personnes de six autres nationalités qui avaient été arrêtées dès le 10 mai chez nous et envoyées en France parce que considérées comme des "éléments suspects" pour l’Etat belge. Pour la petite histoire, Léon Degrelle aurait pu figurer parmi les victimes, mais il ne se trouvait plus avec les Belges déplacés C’est l’auditeur général Walter-Jean Ganshof van der Meersch qui avait eu l’idée de rassembler hors nos frontières ceux qui pouvaient constituer "la cinquième colonne".

Quatre victimes de cette terrible bavure de l’armée de la France, alors toujours non occupée, étaient brugeoises et, parmi elles, figurait Joris van Severen, le leader du Verdinaso, le Verbond der Dietse Nationaalsolidaristen. Incontestablement, un homme politique d’extrême droite qui s’inscrivait totalement dans le climat de la montée de l’Ordre Nouveau en Europe. Mais était-il pro-nazi pour autant comme l’ont laissé entendre certains médias ou blogs ce week-end, au risque de relancer une nouvelle polémique communautaire stérile après la proposition de loi sur l’amnistie du Belang ?

Rien de tel face à pareille controverse que de laisser la parole aux scientifiques plutôt que de tirer des conclusions définitives, sous le coup de l’émotion, qui pollueraient un débat qui doit rester strictement historique

Précisément, le professeur Bruno De Wever - grand connaisseur de la période qu’il enseigne à l’université de Gand et nullement suspect de servir la cause de la droite radicale - a consacré une notice au Verdinaso et à son chef dans le Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique réalisé sous la direction de José Gotovitch et de Paul Aron (1).

Une certitude : "Le Verdinaso, en français : l’Union des solidaristes nationaux thiois, était une organisation politique flamande d’extrême droite." Mais si, "au départ, le parti était fortement anti-belge, à partir de 1934, van Severen souhaita plutôt que l’Etat belge devienne une partie des Pays-Bas réunis à l’image des anciens Etats bourguignons". Comme le précise Bruno De Wever, "c’est à ce titre qu’il soutient la politique de neutralité de la Belgique, et en mai 1940, il est clairement royaliste".

Le serait-il resté ou aurait-il opté pour une entente avec les Nazis ? L’on ne le saura jamais puisque van Severen se retrouva à Abbeville où, pour des raisons qui n’ont jamais été vraiment étudiées par les historiens français, les soldats de la République optèrent pour une solution pour le moins radicale !

Reste que Emiel Thiers et d’autres responsables du Verdinaso avaient respecté les options de leur leader disparu. "A ce moment", poursuit Bruno De Wever, "le mouvement pouvait vivre dans l’illusion qu’il jouerait un rôle important dans un mouvement de collaboration autour de Léopold III". Pas très longtemps toutefois : ceux qui auraient pu se retrouver autour du Roi s’en détournèrent puisqu’il campa sur sa neutralité, mais une aile révolutionnaire dissidente du Verdinaso espérait être adoubée par les Nazis. En vain, car l’occupant avait choisi de soutenir le VNV et la DeVlag, mais les éléments les plus durs finirent quand même par rejoindre les SS. Pour en revenir à Joris van Severen, le Centre d’études qui perpétue sa mémoire réfute toute volonté pro-nazie de sa part. Et de rappeler que pendant la Première Guerre, il défendit loyalement la Belgique jusqu’à l’armistice, alors que son soutien aux soldats flamands avait amené la hiérarchie à l’écarter du front. Certes, van Severen devint une figure de proue du Frontpartij et épousa l’idéologie de l’Ordre nouveau, mais insiste le Studiecentrum, "juste avant mai 40, il avait encore demandé à ses troupes de combattre l’occupant quel qu’il soit. Ce qu’il aurait fait ".

(1) Le Dictionnaire paru chez André Versaille Editeur a fait appel aux meilleurs connaisseurs de la période.