Belgique

À BÂTONS ROMPUS

Eienne Schouppe suscite la controverse. A la tête de la SNCB durant de longues années, puis de sa filiale ABX, il a été débarqué successivement de l'une et de l'autre malgré de puissants relais politiques. L'homme est pour ses détracteurs un piètre gestionnaire qui a maintenu durant de longues années la SNCB dans une certaine opacité. Pour ses défenseurs, il est au contraire l'un des patrons du rail les plus visionnaires du Vieux Continent, qui a manqué de moyens pour faire de sa stratégie une réussite.

Aujourd'hui, à 60 ans, Etienne Schouppe l'admet volontiers: s'il a accepté la proposition du président du CD&V, Stefaan De Clerck, de figurer en dernière position sur la liste du parti au Sénat - alors qu'une proposition lui permettait d'envisager de poursuivre sa carrière dans une grande entreprise privée - «c'est un brin par sentiment de vengeance». «La politique belge m'a traité de manière injuste. Isabelle Durant a tout fait - au départ d'une approche purement politique - pour m'éjecter d'abord de la SNCB, puis d'ABX. Lorsque j'ai vu comment certaines promesses claires et sans équivoques n'ont pas été respectées par certains responsables politiques, notamment dans le dossier SNCB, mon objectif était de jouer le match retour sur le terrain politique, sur le terrain de ceux qui m'ont dribblé», explique-t-il. Et d'ajouter: «La grande majorité de mes enfants m'ont déconseillé de tenter l'aventure. Ma femme par contre était 100pc derrière moi. Sur le plan social, j'ai toujours été proche de la démocratie chrétienne. Je crois dans le concept de solidarité entre les gens.»

Ne s'agit-il pas avant tout d'un coup politique du CD&V pour séduire les milliers de salariés des entreprises publiques? «Je pense que le CD&V n'a pas été aveugle à l'égard du fait que durant toute ma carrière j'ai entretenu de bonnes relations avec les syndicats: le courant passait réellement bien entre nous. Je suis parvenu à réduire de 68000 à 42000 le nombre d'emplois à la SNCB en ayant finalement une seule grande grève sur les bras», répond l'ancien patron du rail belge. Ce dernier se montre particulièrement critique sur la gestion par le gouvernement arc-en-ciel des entreprises publiques. «Les entreprises publiques n'ont pas été gâtées avec ce gouvernement. C'est vrai pour la SNCB mais aussi pour La Poste. S'il y a quelque chose qui me donne des boutons, c'est la politique politicienne qui est souvent menée sur le dos des entreprises publiques, à l'encontre de leurs intérêts. C'est un jeu que je ne jouerai jamais», martèle Etienne Schouppe avec aplomb.

Sur l'avenir de la SNCB, il a évidemment sa petite idée: «Nous sommes en faveur d'une régionalisation du rail sur le plan de l'exploitation - la SNCB doit répondre aux souhaits des Régions - et pas sur le plan de la structure de l'entreprise.»

Ses objectifs? «Atteindre 50000 voix, ce qui est énorme. Au plus j'aurai un grand nombre de voix, au plus je pèserai sur le processus de décision», explique Etienne Schouppe.

Ses pôles d'intérêts? «Les problématiques des pensions, du budget, des entreprises publiques évidemment, du commerce extérieur, des affaires économiques... Bref du concret. Si je suis sénateur, j'en ferai mon occupation principale. Pas question pour moi d'être un parlementaire de luxe.»

Etienne Schouppe affirme enfin ne pas avoir reçu de promesse particulière de Stefaan De Clerck si le CD&V venait à gouverner à l'issue des élections. Rêve-t-il d'occuper le fauteuil de ministre des Transports? «Vous savez, comme on peut le lire dans la Bible, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus», précise-t-il.

© La Libre Belgique 2003