Belgique

Alea jacta est. Les clichés du ministre des Pensions Michel Daerden mimant l’empereur romain César et de sa fille dans des positions suggestives, publiés dans "Paris Match" cette semaine parallèlement à une émission de la RTBF qui sera diffusée mardi, ont suscité un engouement hors du commun vendredi - notamment au sein de la sphère politique francophone. Où des responsables - y compris du Parti socialiste - ont condamné l’attitude du ministre liégeois.

Ainsi vendredi matin, lors du Conseil des ministres, la séance de pose de la famille Daerden était-elle au centre de toutes les discussions. Au "16", dans l’antichambre de la salle de réunion, les ministres attendent la fin du Kern. Il y a notamment là Paul Magnette et Philippe Courard (PS), Olivier Chastel et Sabine Laruelle (MR), Melchior Wathelet (CDH) ou encore Inge Vervotte (CD&V). C’est le CDH Melchior Wathelet qui a ouvert le feu alors que le ministre des Pensions pointait son nez dans le bâtiment :

- "Michel ! , lui a lancé l’humaniste, on va encore dire que je suis le conservateur de service, mais là, tu y as été sacrément fort hein Tu nous inquiètes là, Michel "

Large sourire du Liégeois. Qui embraye : "Elle est quand même jolie hein, ma gamine ! ?"

Sabine Laruelle intervient : "Mais oui, elle est encore bien votre fille "

Olivier Chastel : "Tiens, et où avez-vous pris ces photographies ?"

Michel Daerden : "Ah ça, on ne peut pas le dire Oh, je vais vous le dire : c’était dans le bureau de Freddy Thielemans, le bourgmestre de Bruxelles "

Olivier Chastel (ironique) : "Mais vous ne pouvez pas, on va vous interpeller sur l’utilisation des bâtiments publics !"

Michel Daerden : "Hé, ce n’est pas moi, c’est une société qui s’est chargée de tout réserver, je n’y suis pour rien. Et puis, quand je pose avec ma fille, je ne suis que la guest star. Et puis, ce n’est quand même pas de l’inceste "

Silence gêné de Inge Vervotte.

Au PS, on est gêné aux entournures par ce nouveau coup du Liégeois : "C’est horrible : c’est le pas de trop de la part de Michel Daerden" , dit, sous couvert d’anonymat, un haut responsable socialiste.

Au cabinet Daerden, on explique les circonstances de la prise de vue. "Au départ, il s’agissait d’un "shooting" sur la fille du ministre des Pensions, Aurore. Laquelle avait demandé à son papa de passer quelques minutes sur le plateau. Michel ne sait rien refuser à sa fille" , dit-on.

Chez Daerden, on affirme d’ailleurs que la première photo parue dans "Paris-Match" serait un photomontage. Jamais Aurore, en robe noire coiffée d’un diadème, n’a posé avec son père dans cet appareil.

Ce que dément Marc Deriez, rédacteur en chef de "Paris Match" Belgique : les seuls éléments ajoutés sont les cadres "César". Le reste correspond bien à la réalité. Le porte-parole de Michel Daerden précise aussi que le ministre a refusé, lors de ces prises de vue, de se déguiser en Jules César, comme l’y invitait le photographe.

Interrogé, le coprésident d’Ecolo (dans l’opposition au Fédéral), Jean-Michel Javaux, estime qu’"une limite a été franchie entre la respectabilité d’un responsable politique et sa passion pour le show-business" . "La comparaison avec Jules César , explique l’Ecolo, c’est assez compliqué. Je pense que se décrire comme un empereur, cela a ses limites." "En Flandre , rappelle Jean-Michel Javaux, une ministre a connu de gros ennuis parce qu’elle s’est affichée avec des robes de luxe en pleine période de crise économique. Ici, avec les photos de Michel Daerden, je pense qu’il y a une limite dans cette spirale du show-business : le ministre des Pensions n’avait pas besoin de cela. Je comprends d’autant moins qu’une série de photographies, on peut maîtriser cela, on peut choisir de ne pas accepter. Moi, je n’ai jamais posé avec mes enfants" , martèle Jean-Michel Javaux.

Au CDH, on estime " ne pas devoir faire la morale à Michel Daerden" . N’empêche, explique-t-on chez les humanistes, "la fonction politique ne peut se prêter aux excès médiatiques ou aux dérives du show-business et du star system. En période de crise , pointe le parti centriste, les XII travaux, c’est plutôt au sein du gouvernement qu’on doit les entreprendre que sur les plateaux de télévision ou dans des séances de photographie. Maintenant, on sait aussi que les hommes politiques peuvent parfois être piégés" .

Le président du MR, le Liégeois Didier Reynders, a choisi, vendredi soir, de ne pas communiquer sur ce sujet. Mais les représentants du MR au sein du conseil d’administration de la RTBF interpelleront lundi la direction de la chaîne pour connaître les motifs qui ont conduit au choix de Michel Daerden pour les "XII travaux". Rappel, l’émission sera diffusée ce mardi sur la chaîne publique francophone.