Belgique Il y a eu des dysfonctionnements dans le cadre de sa naturalisation. Le cas Chodiev suscite aussi des étonnements.

La commission d’enquête parlementaire sur le Kazakhgate a mis en évidence, mercredi, des dysfonctionnements dans la gestion du dossier Ibragimov par la Sûreté de l’Etat.

Alijan Ibragimov est l’un des membres du "trio kazakh", avec Patokh Chodiev (le client de l’avocat/sénateur MR Armand De Decker) et Alexander Machkevitch, au cœur du Kazakhgate. Il avait introduit une demande de naturalisation devant la Chambre le 30 avril 1997. Le 29 octobre, la Sûreté de l’Etat rendait son rapport en indiquant "RAS" ("Rien à signaler"). Pourtant, un mois plus tôt, le 18 septembre 1997, elle communiquait une information à l’Office des étrangers pour lui signifier les liens étroits entre M. Ibragimov et la mafia russe…

"C’est interpellant", a commenté mercredi Guy Rapaille, le président du Comité R (de contrôle des services de renseignements), devant la commission d’enquête. Le député Vincent Van Quickenborne (Open VLD) parle, lui, de "dysfonctionnements", ce qu’a admis Jaak Raes, le patron de la Sûreté, également auditionné mercredi. "Il y a un problème."

La demande de naturalisation d’Alijan Ibragimov sera néanmoins refusée par la Chambre fin 1998 en raison de l’avis négatif du parquet. L’homme d’affaires deviendra belge quelques années plus tard, le 29 janvier 2005, via une procédure d’acquisition de la nationalité. Cette fois-ci, la Sûreté avait rendu un rapport négatif. Mais cet avis arrivera hors délais, de sorte que la nationalité belge fut accordée d’office.

Les sociétés de Boris Birshtein

Le dossier Chodiev a également suscité des étonnements dans le chef des députés. Patokh Chodiev avait introduit une demande de naturalisation le 1er février 1996 devant la Chambre. Il l’avait obtenue le 18 juin 1997 après que la Sûreté de l’Etat, notamment, eut rendu un rapport avec le cachet "RAS". A cette époque, pourtant, elle le soupçonnait déjà d’entretenir des liens avec la mafia russe. "Nous pensons que ces éléments devaient faire l’objet d’une note à la commission des Naturalisations de la Chambre", a estimé Guy Rapaille. Cela dit, "à l’époque , a-t-il aussi dit, la Sûreté disposait de peu d’informations sur Chodiev" et celles-ci n’ont "pas été jugées suffisantes pour apparaître dans le rapport".

Les informations en question, a développé Jaak Raes, concernaient les sociétés de Boris Birshtein, un ancien agent du KGB, passé par la Belgique, et proche de la mafia russe. Le nom de Chodiev apparaît dans ces sociétés. "Quand on rassemble ces informations, on est plutôt enclin à indiquer ‘RAS’ (dans le rapport de naturalisation, NdlR) parce qu’il n’y a pas d’éléments neufs qui lient Chodiev à des milieux criminels, de l’espionnage ou de l’ingérence étrangère."

L’affaire Tractebel

L’homme d’affaires a-t-il bénéficié d’une certaine indulgence ? Plusieurs députés le pensent. Deux raisons sont évoquées. La première a trait aux contacts - une dizaine en tout - que M. Chodiev a entretenus avec la Sûreté. Mais M. Raes s’est montré catégorique. "Non, Chodiev n’est pas un informateur de la Sûreté !" D’une part, les contacts ont eu lieu de 1998 au début des années 2000, donc après sa naturalisation. D’autre part, "c’est lui qui est venu voir la Sûreté (pas l’inverse, NdlR) avec certains éléments". Entre autres sur l’affaire Tractebel dans laquelle apparaissait déjà le trio kazakh…

La deuxième raison concerne justement Tractebel, qui cherchait des financements kazakhs au milieu des années 90. Les députés Van der Maelen (SP.A) et Gilkinet (Ecolo) se sont demandés si, avant 1998, "la Sûreté avait les mains libres sur le trio", sous-entendant que des intérêts économiques supérieurs auraient pu jouer. Guy Rapaille a simplement indiqué que les renseignements n’avaient pas subi de pression extérieure. La question reste ouverte.