Belgique Kim De Gelder a pour la première fois présenté ses excuses aux proches des victimes de la crèche Fabeltjesland de Termonde, jeudi après-midi devant la cour d'assises de Flandre orientale.

"Je veux présenter mes excuses pour ce qui s'est produit", a déclaré l'accusé après une longue hésitation. Kim De Gelder a pris la parole après le témoignage de l'équipe d'intervention. "Je voudrais essayer d'expliquer tout ce qui s'est passé", a-t-il dit en balbutiant. "Je veux expliquer que... (silence de près d'une minute)... trouvez-vous bien si j'essaie encore, aujourd'hui ou demain, d'expliquer ce qui s'est passé?"

A propos de la crèche?, lui demande le président. "Oui. Je doute encore trop de mes capacités à répondre à la question de ce qui s'est passé. Je veux maintenant, maintenant que j'ai la chance de le faire, présenter mes excuses pour tout ce qui s'est passé. C'est ce que je veux dire aux proches. J'attendrai demain", a conclu Kim De Gelder.

Avant l'intervention de l'accusé, l'avocat général Yves Van Den Berge avait demandé à l'équipe d'intervention s'il était possible que l'accusé ait commis les faits sous l'emprise de la panique. "Dans la salle de jeu des bébés, y avait-il assez d'espace pour sortir, sans devoir poignarder des gens ou leur donner des coups de pied?"

Ilse De Waele, de l'équipe d'intervention, a confirmé qu'il y avait assez d'espace.

"Pensez-vous que je sois un tueur en série?"

L'accusé Kim De Gelder a demandé jeudi au juge d'instruction Paul De Bruecker, devant la cour d'assises de Flandre orientale, s'il le considérait comme un tueur en série. "Vous devez poser cette question aux psychiatres", a répondu le juge d'instruction. Peu après, l'accusé a interrompu l'avocat Jef Vermassen en s'exclamant "fumisterie". Après le témoignage du juge d'instruction, le jury a demandé à l'accusé s'il avait pris des médicaments au cours de la journée. Kim De Gelder n'a pas réagi. La question de savoir s'il estimait que le procès était du temps perdu n'a pas obtenu plus de réponse. L'accusé a ensuite demandé au juge d'instruction s'il le considérait comme un tueur en série.

Une discussion animée entre le juge d'instruction et l'avocat de De Gelder, Jaak Haentjens, a suivi l'incident. Ce dernier a demandé au juge d'instruction si, au cours des auditions, il avait eu l'impression que l'accusé "n'était pas normal". Le juge d'instruction a souligné qu'une audition consistait à "observer, enregistrer mais pas interpréter". Il n'y avait pas non plus unanimité entre les psychiatres judiciaires. Haentjens a qualifié l'un de rapports de "biaisé".

A la fin de l'audience, Kim De Gelder s'est à nouveau distingué, en demandant s'il était nécessaire qu'il continue à assister au procès. Le président lui a expliqué qu'il y était obligé. "Je dois venir tous les jours?", a insisté l'accusé. "Je crains de devoir encore manquer de respect à la cour, je voudrais éviter cela."

"Je ne suis pas malade"

"Arrêter maintenant avec cela. Je ne suis pas malade." C'est ainsi que Kim De Gelder a interrompu son avocat Jaak Haentjens alors que celui-ci était engagé dans une discussion avec le juge d'instruction Paul De Bruecker.

"Vous connaissez mes motivations. Je vous les ai écrites sur papier", a dit l'accusé à son avocat qui voudrait le faire reconnaître irresponsable de ses actes. De Gelder s'est levé brusquement alors que son avocat s'exprimait.

"J'aimerais vous interrompre Me Haentjens", a-t-il dit. "Vous savez pourquoi j'ai fait ce que j'ai fait et vous le comprenez aussi. Expliquez-le aux autres, s'il vous plaît. Sinon, je crains de ne plus avoir l'occasion de l'expliquer." Me Haentjens a poursuivi son propos sans se laisser perturber.

Le père de l'accusé affichait les mêmes émotions que les proches des victimes

Le juge d'instruction, Paul De Bruecker, a vu chez le père de Kim De Gelder les "mêmes émotions" que chez les proches des victimes de la tuerie de Termonde, a-t-il indiqué jeudi devant la cour d'assises de Gand. Le jour des faits, le père avait essayé de faire parler son fils. Le 23 janvier 2009 à 15h30, Kim De Gelder était déjà identifié. Son père est arrivé dans les locaux de l'audition pour l'inciter à parler. En vain. C'était un monologue au cours duquel le père passait sa main dans les cheveux de son fils et l'embrassait sur la joue, a témoigné M. De Bruecker.

Juste après les faits, Kim De Gelder ne voulait pas parler. Il a été emmené à la prison de Bruges. "Le 25 janvier, on m'a averti que De Gelder voulait me parler", détaille le juge d'instruction. Le jeune homme s'excuse pour le fait qu'il ait gardé le silence depuis deux jours, parle de ses parents et se met à pleurer. Le lendemain, il disait ne pas croire ce qui lui était raconté. "Je ne sais pas", disait-il.

Le juge a constaté une première avancée sérieuse dans les auditions le 25 février 2009. Kim De Gelder était prêt à parler. "Ses déclarations ont débouché sur un aveu, tout en y ajoutant de très grandes réserves", précise Paul De Bruecker. C'est en effet à ce moment que le jeune homme devait déclarer avoir agi en obéissant à des voix. Il indiquera par la suite avoir inventé cette version.

Avocat de Kim De Gelder: "Laissez-le répondre comme il a envie"

Jaak Haentjens, l'avocat de Kim De Gelder, a pris la parole plus souvent jeudi matin. Il a ainsi suggéré que l'accusé n'avait pas agi de manière réfléchie après son départ de la crèche Fabeltjesland. Il a également demandé de laisser Kim De Gelder, confus, "répondre comme il a envie". Pour l'avocat, Kim De Gelder doit être déclaré irresponsable de ses actes. Jaak Haentjens a remarqué que son client ne s'était pas rendu méconnaissable immédiatement après la tuerie dans la crèche Fabeltjesland à Termonde. Il avait gardé ses cheveux roux, ses vêtements spécifiques et son sac à dos. "Est-ce que quelqu'un qui commettrait ces faits de manière réfléchie quitterait les lieux avec ces caractéristiques ou ferait-il immédiatement disparaître ces éléments? ", s'est interrogé l'avocat.

Luc Boterberg, de la police judiciaire fédérale de Termonde, a répondu que l'auteur avait ensuite changé ses vêtements et avait pris les précautions nécessaires. Il avait une capuche dont seule une mèche de cheveux s'échappait. L'avocat général est également intervenu. "Avez-vous déjà vu un auteur prendre une douche sur les lieux des faits et se teindre les cheveux? "

Jaak Haentjens n'a pas abandonné. "A mon avis, il a conçu les préparatifs avant les faits, mais n'a jamais bien réfléchi à ce qui devait se passer après les faits. Il a fui dans la mauvaise direction." Jef Vermassen, avocat des proches des deux bébés assassinés, s'est levé. "N'avait-il pas l'intention d'aller ensuite à Harelbeke pour massacrer des médecins traitants? "

Les policiers, encore très marqués, viennent témoigner

Les policiers arrivés en premier à la crèche Fabeltjesland de Termonde, où Kim De Gelder venait de perpétrer son massacre, sont venus témoigner jeudi matin devant la cour d'assises de Flandre orientale du "chaos total" qui régnait dans la crèche et de leurs difficultés à oublier ce qu'ils ont vu ce jour-là. "Vijfde Januaristraat Termonde une crèche: un homme est entré avec un couteau et il serait en train de frapper tout le monde", c'est l'appel initial reçu par la police locale de Termonde. "Nous étions sur place à 10h27. Chaos total. Il y avait beaucoup de bruit, de la panique, des cris. Des personnes assises ou gisant, presque toutes avec de graves blessures. C'est inimaginable", a raconté l'inspecteur principal Danny Polfliet.

Il a également raconté comment les images de ce jour-là avaient continué à le hanter pendant des années. "Il faut littéralement enjamber des enfants blessés. C'est difficile de se débarrasser de ces images." "J'ai vu beaucoup de choses pendant ma carrière, notamment avec les Tueurs du Brabant. Mais ces images, avec les enfants, on ne les oublie jamais", a pour sa part témoigné le commissaire Lucien Van De Winckel.

Kim De Gelder a ensuite pris la parole. Il a développé une argumentation confuse, demandant à l'inspecteur principal Polfliet de lui énumérer les victimes. "Je souhaite l'apprendre de lui. Désolé de le dire comme ça, ça semble très égoïste, mais je veux que vous y colliez un numéro."

Le directeur de la police judiciaire fédérale de Termonde Luc Boterberg s'est réjoui que Kim De Gelder ait été arrêté. Interrogé par le président de la cour Koen Defoort, il a reconnu que "pas grand chose" n'aurait permis de retrouver Kim De Gelder si celui-ci était parvenu à rentrer chez lui pour teindre son vélo et changer sa couleur de cheveux. "Il y avait des traces, du sang et des empreintes digitales, mais nous n'aurions pu les comparer avec rien."

L'agent de quartier qui a interpellé Kim De Gelder une heure après la tuerie a expliqué que l'accusé "avait les yeux écarquillés, un air résolu et un léger sourire aux lèvres". L'avocat de Kim De Gelder a pris la parole en fin de matinée. Il a fait remarquer que la façon d'agir de Kim De Gelder à sa sortie de la crèche n'était pas réfléchie. "A mon avis, il a conçu les préparatifs avant les faits, mais n'a jamais bien réfléchi à ce qui devait se passer après les faits." Il a rappelé la thèse qu'il défend, à savoir que son client doit être reconnu irresponsable de ses actes.

"Résolu et un léger sourire aux lèvres"

Kim De Gelder avait, lors de son arrestation, "les yeux écarquillés, un air résolu et un léger sourire aux lèvres", a déclaré devant la cour d'assises de Flandre orientale l'agent de quartier Patrick De Mey, l'homme qui a remarqué et contrôlé Kim De Gelder. L'agent de quartier de la police locale de Buggenhout-Lebbeke a remarqué Kim De Gelder à 11h25. "Les avis communiquant sa description étaient arrivés. J'ai croisé un jeune homme sur un moutainbike. Je ne le connaissais pas. Il ne portait ni capuche ni bonnet et correspondait à la description", a expliqué Patrick De Mey.

"J'ai fait demi-tour avec la voiture et l'ai dépassé. Je lui ai ordonné de s'arrêter. Il est immédiatement descendu de vélo. Il avait les yeux écarquillés, l'air résolu et un léger sourire aux lèvres."

Sommé de donner son nom, le suspect n'a pas répondu. "Il a dit qu'il venait de Grembergen, où il habitait. Il m'a déclaré qu'il se rendait dans un centre commercial 'un peu plus loin', en montrant la direction d'Opstal/Buggenhout. Je lui ai dit que ce n'était pas la bonne direction. C'était suffisant pour mener un contrôle approfondi. J'ai alors demandé du renfort et j'ai sorti par sécurité mon pistolet de mon holster. Je lui ai dit de se placer face au mur, jambes écartées. Il s'est exécuté sans poser de questions. Une équipe est arrivée peu après. Une fouille a permis de découvrir quelque chose de dur sous sa veste, qui s'est avéré être une sorte de gilet pare-balles. Les collègues avaient ouvert son sac et trouvé une hache et un couteau."

L'inspecteur arrivé en renfort a nié que l'arrestation de Kim De Gelder ait été musclée. "Aucune forme de violence n'a été utilisée", a souligné l'inspecteur principal Kurt Hofman. A la question d'un juré souhaitant savoir si l'agent de quartier avait eu l'impression que Kim De Gelder avait l'air "content" ou "soulagé" quand il a été arrêté, Patrick De Mey a répondu qu'il "était resté à regarder devant lui avec les yeux écarquillés, et un air résolu".

Silence religieux dans la salle pour la projection des photos de la crèche

Quatre membres de l'équipe d'intervention ont montré, jeudi après-midi devant la cour d'assises de Flandre orientale, des photos de la situation qu'ils ont découverte à la crèche Fabeltjesland à Termonde à leur arrivée après la tuerie perpétrée le 23 janvier 2009 par Kim De Gelder. Une chape de silence s'est abattue sur la salle d'audience. Jan Hebb a décrit la situation, à leur arrivée à 11h38, comme "passablement chaotique". "Il y avait un va-et-vient d'agents de police, de pompiers et de responsables", a-t-il témoigné. "A notre arrivée sur place, il y avait deux victimes décédées, une femme et un bébé."

Une deuxième équipe d'intervention est venue en renfort. L'équipe a ensuite diffusé des photos détaillées de ses constatations, à l'aide d'un plan de la crèche. Le président de la cour d'assises avait auparavant prévenu qu'il s'agirait d'images pénibles. Un silence de plomb régnait dans la salle d'audience et la salle relais, où les images étaient également projetées.

Durant la présentation, Kim De Gelder est la plupart du temps resté penché en avant.