Belgique

Une réunion interministérielle agricole s'est tenue mercredi matin au cabinet du ministre fédéral de l'Agriculture Denis Ducarme (MR). Avec ses deux homologues régionaux, il a fait un état des lieux sur l'épidémie de peste porcine africaine qui frappe actuellement le sud de la province de Luxembourg et un rappel des initiatives diplomatiques prises pour éviter un boycott des exportations de viande porcine belge (treize pays hors Union européenne ont déjà fermé, tout ou en partie, leur marché). Elle a été suivie par une rencontre avec l'Agrofront, soit les représentants des organisations professionnelles agricoles belges.

Dimanche, Denis Ducarme avait annoncé une mesure qui fâche et inquiète les syndicats agricoles wallons ainsi que les éleveurs porcins de la zone de quarantaine : l'abattage préventif des 4000 porcs domestiques, pourtant sains, présents au sein du périmètre de 63.000 hectares présumé infecté par le virus.

Selon le ministre, cette décision se justifie par l’urgence et une demande de l'Europe qui, outre les actions déjà engagées par la Wallonie (périmètre d'exclusion en forêt, ramassage des cadavres de sangliers, quadrillage de la zone pour cerner précisément la zone infectée et abattage de tous les sangliers vivant dans le périmètre restreint) veut un vide sanitaire pour protéger la filière porcine belge. Une filière qui est essentiellement flamande (à 94 %); la Flandre d'où partent donc presque toutes les exportations de carcasses.

A l'abattoir ou par injection

Lors des deux réunions, les participants ont discuté de cet ordre d'abattage, dont la parution au Moniteur est prévue pour vendredi. La mise à mort débutera très prochainement et devrait être rapidement achevée car de nombreux éleveurs ont déjà fait abattre leurs animaux afin de pouvoir en valoriser la viande. L'abattage sera géré par l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) et en abattoir pour les éleveurs qui détiennent plus de dix porcs et par un vétérinaire désigné par le bourgmestre, par le biais d'une euthanasie par injection, pour ceux qui en ont moins de dix.

Les carcasses devront ensuite impérativement être détruites (incinérées), comme l'impose l’Europe. Sans une destruction des cadavres, les éleveurs ne pourraient d'ailleurs prétendre à une indemnisation.

Des militaires pour abattre les sangliers ?

Le syndicat agricole wallon Fugea, qui ne fait pas partie de l'Agrofront, a tout de même été reçu ce midi par Denis Ducarme. Il s'oppose à l'abattage préventif des porcs d'élevage et plaide pour que l'on tue plutôt les sangliers de la zone de quarantaine. Ses représentants ont soumis une proposition au ministre : que des snipers de l'armée s'en chargent, comme cela s'est passé en Tchéquie, un pays qui a été touché par la peste porcine. "Cette idée est va être analysée, nous ont dit les ministres Collin et Ducarme", signale Gwenaëlle Martin, de la Fugea.

Contacté, le cabinet de René Collin dément. "Aucune analyse de cette option n'est prévue", affirme son porte-parole. Même son de cloche au cabinet Ducarme et du ministre lui-même. "Ce n'est pas du ressort du ministre et il n'en a jamais été question", nous dit-on. Malgré ces dénégations, la Fugea maintient ses dires.

Face à cette crise de grande ampleur qui pourrait durer des mois voire des années, des mesures de soutien au secteur porcin vont devoir être prises. "Je veux maintenir une filière qui peut rebondir. Une filière dont les éleveurs ont misé sur la qualité. Je continuerai à prendre mes responsabilités notamment en poursuivant et intensifiant les mesures prises pour fortement diminuer la densité de sanglier", a déclaré jeudi René Collin.

Le ministre Ducarme a, lui, décidé d'octroyer aux opérateurs porcins de la zone de quarantaine le statut de secteur en crise. Cela leur permettra d'ajuster, reporter ou obtenir une dispense de leurs cotisations sociales.