Belgique

Le secteur bancaire avait proposé environ 45 millions d'euros. Le monde juif en revendiquait au moins 60. Le ministre des Finances, agissant en médiateur, s'est livré à une sorte de jugement de Salomon en tranchant au milieu: ce sera 55,5 millions.

Ainsi, l'épineux dossier de l'indemnisation due pour les biens des déportés spoliés ou délaissés pendant la Seconde Guerre mondiale arrive à son terme, le seul cas des oeuvres d'art devant encore faire l'objet de recherches ultérieures. Evidemment, les calculs ont été quelque peu sophistiqués pour arriver à cette issue...

Didier Reynders a obtenu, jeudi soir, l'accord des négociateurs de l'Association belge des banques (ABB) et de la Commission nationale de la communauté juive de Belgique pour la restitution (CNCJBR) sur un montant d'exactement 55503174 euros. La base en est bien, comme l'exigeaient les représentants des victimes de la Shoah ou de leurs ayants droit, le rapport de la commission dirigée par le Grand Maréchal honoraire de la Cour Lucien Buysse, qui avait fixé l'an dernier l'`ardoise´ bancaire à 88502344 de francs de 1945. Mais cette conclusion, partiellement contestée par l'ABB, a été révisée à la baisse. Quant au coefficient de réévaluation - à appliquer pour arriver à des francs et euros de notre époque -, où les points de vue étaient des plus éloignés (de 15-20 pour les uns à 30-35 pour les autres), il a été fixé à 29,10.

`Nous sommes satisfaits´

Bref: un compromis. `On a fait le pas, nous a déclaré David Susskind, coprésident de la CNCJBR, à l'issue de la réunion. On voulait 60 mais une négociation est une négociation. Tout sera payé cette année. Les banques vont se répartir le montant entre elles mais cela, c'est leur affaire. Nous sommes satisfaits.´

De son côté, l'ABB a obtenu, outre la relecture critique du rapport Buysse, que la part de 1,7 million réclamée à une banque aujourd'hui disparue - la Banque écossaise - soit prise en charge par le gouvernement.

Pour le ministre Reynders, à l'évidence, c'était du béton: il avait même pris, hier après-midi à la Chambre, le risque d'abattre ses cartes, donnant son chiffre, en réponse à une question de Daniel Bacquelaine (MR), et ajoutant qu'il espérait bien aboutir le jour même. Son optimisme semblait pourtant loin d'être partagé par les autres interlocuteurs.

Puzzle complet

L'épilogue intervenu complète le puzzle où figuraient déjà les accords signés le 27 juin dernier avec l'Etat, la Banque nationale de Belgique et l'Union professionnelle des entreprises d'assurances, dont les interventions seront respectivement de 45579587, 314145 et 10 millions d'euros. L'ensemble des restitutions est destiné aux survivants ou héritiers (23500 dossiers) ainsi qu'à une Fondation du judaïsme de Belgique.

On attend encore, avant les vacances gouvernementales, une décision sur l'affectation aux victimes de la politique raciale nazie d'une partie des indemnités versées par l'Allemagne en 1960 (1 milliard de BEF d'époque) ainsi que la reconnaissance des droits de certaines catégories de déportés, d'orphelins de la déportation et d'enfants ou d'adultes cachés.

© La Libre Belgique 2002