Belgique

Nous voulions boycotter l’inauguration ", révèle un éducateur de nuit. "Nous sommes forcés de travailler beaucoup plus et dans des conditions presque impossibles !" , explique un autre. C’est dans un climat extrêmement tendu en coulisses que le nouvel abri de nuit de la ville de Namur a été inauguré, ce mercredi.

Il s’agit d’un projet très ambitieux, qui va largement au-delà du respect, annoncé depuis plus de dix ans, des normes de la Région wallonne. Par exemple, le logement d’urgence pourra accueillir les SDF accompagnés de chiens. Autre particularité, il ne s’agit pas d’un dortoir, mais de plusieurs chambres séparées. Un atout majeur encore : le même bâtiment comprend deux appartements (pour deux et trois personnes) qui sont des logements de transit du CPAS, destinés à permettre la transition entre la vie à la rue et l’obtention d’un logement.

Face à l’ancien abri, dortoir étriqué de quatorze places, sans douches, sans espace dédié aux femmes, celui-ci brille de mille feux. Il s’agit d’un ancien hôtel de maître, boulevard du Nord, à quelques mètres de la gare. Malgré tout, les assistants sociaux regrettent déjà l’ancien endroit, à quelques centaines de mètres de là. Cet endroit, les anciens abattoirs de Bomel, est dévolu à un autre projet socio-culturel. De grands travaux y sont prévus. L’abri de nuit n’entrait pas dans les plans.

"Nous étions bien situés et au calme. Un endroit comme ça, nous n’aurons plus jamais", soupirent les travailleurs de nuit. "A la place, nous serons au bord d’une rue très fréquentée, avec des problèmes de voisinage et à peine la possibilité de faire notre métier."

Par "problèmes de voisinage", les éducateurs entendent surtout "difficulté à cohabiter avec les magasins de nuit", puisqu’il s’en trouve un à trente mètres et parce qu’un autre magasin, juste à côté de celui-là, reste ouvert jusqu’à 20h. Ils craignent notamment la rencontre entre les clients de ces magasins et les visiteurs de l’abri, qui sont parfois les mêmes. En attendant l’ouverture de l’abri, à 21h, il sera tentant de boire un verre sur le trottoir pour ceux qui luttent contre des addictions.

Lundi soir, des voisins se plaignaient déjà, tandis qu’une ambulance venait chercher l’un des résidents (simple malaise). Canettes et mégots étaient dispersés au sol et sur les appuis de fenêtre. Un homme dormait chez les voisins, entre la grille et la maison, d’où sortaient un habitant et une petite fille, inquiets.

Les travailleurs de nuit craignent de ne pas être suffisamment "armés" pour garantir la sécurité comme ils le faisaient auparavant. Ils jugent qu’ils ne sont pas assez nombreux (deux par nuit, cinq au total) pour prévenir les conflits, considérant qu’il pourra y avoir 35 personnes, plusieurs chiens et plusieurs étages à surveiller. Ils soulignent qu’ils sont parfois eux-mêmes les victimes d’agressions : "à peu près une fois par an".

Les travailleurs devront effectivement prester, non plus dix, mais quinze nuits par mois", confirme le bourgmestre Maxime Prévot (CDH), responsable du projet. "Il n’y a pas de raison qu’ils aient des avantages que d’autres membres du personnel communal n’ont pas. Pour la pénibilité de leur travail, des compensations financières ont été prévues."

"Nous n’avons jamais été demandeurs de gagner plus et encore moins de travailler plus", répondent les assistants sociaux. "Cela nous force à réorganiser nos vies, déjà compliquées par le travail de nuit. On nous a fait comprendre que, si nous n’acceptions pas, la Ville pourrait se passer de nous." Une nouvelle négociation entre le bourgmestre et les travailleurs doit avoir lieu dans un mois.

Dix-huit personnes ont fait appel au logement d’urgence, lors de la première ouverture, lundi soir. Les travailleurs soulignent qu’il est courant, en hiver comme en été, d’avoir une quarantaine de personnes qui se présentent à l’entrée. Des tirages au sort risquent donc encore d’avoir lieu et le plan hiver, avec accueil aux casernes, restera indispensable.