L'action discrète de Marie-José

PAR PAUL VAUTE Publié le - Mis à jour le

Belgique

ENTRETIEN

Décédée samedi dernier à l'âge de 94 ans, Marie-José de Savoie, fille du roi des Belges Albert er et de la reine Elisabeth, épouse du dernier roi d'Italie Humbert II, sera enterrée ce vendredi dans l'ex-abbaye de Hautecombe près d'Aix-les-Bains (Savoie). Nos Souverains seront présents aux obsèques de celle qui ne fut reine qu'un peu plus d'un mois, en 1946, avant de connaître l'exil.

Sur les dernières décennies de sa longue vie, consacrées aux arts et aux causes humanitaires, un coin de voile est levé pour «La Libre Belgique» par celui qui fut son aumônier, le chanoine Joseph Moerman, établi a Genève où il a été notamment secrétaire général du Bureau international catholique de l'enfance (Bice) et inspirateur de l'Année internationale de l'enfance.

On connaît les épreuves qui ont jalonné la vie de Marie-José. Comment les a-t-elle surmontées?

Plus de la moitié de sa vie a été passée en exil et a été une longue retraite, mais une retraite active et même exemplaire. Elle avait accepté sa destinée, sans aucune rancune envers ceux qui l'avaient obligée à quitter l'Italie. Elle restait discrète tout en menant une action très fructueuse pour le bien des hommes, pour l'art en général et la musique en particulier.

En musique précisément, elle a donné naissance à un prix qui porte son nom, ce qui n'est pas sans évoquer la reine Elisabeth

Comme musicienne, elle a voulu stimuler les compositeurs. Le Prix Reine Marie-José couronnait des créations nouvelles. Cela correspondait à son tempérament curieux de tout.

Son isolement ne lui pesait pas?

Il était inévitable, dans l'état que la destinée lui avait réservé. Mais il ne l'a pas empêché de rendre service à des causes de valeur éthique, culturelle, intellectuelle, sociale. Cela a été le cas pour l'envol donné à l'initiative de l'Année internationale de l'enfance en 1979, dont la Convention des droits de l'enfant à été le fruit. Marie-José avait demandé à Maurice Schumann, qui était alors vice-président du Sénat français, de venir donner une conférence à sa résidence de Merlinge. L'initiative a attiré une centaine de personnalités cantonales ou onusiennes. Et dans les semaines qui ont suivi, le projet a fait de grands progrès

Quels étaient ses rapports avec la cause dynastique en Italie?

Elle a eu la délicatesse de s'abstenir de paroles ou de gestes déplacés. Son amour de l'Italie était très grand, avec un faible pour la Savoie, le pays de la dynastie. Les autorités italiennes ne lui ont pas appliqué la loi d'exil de façon trop rigide et elle leur en était reconnaissante. Mais elle n'a pas abusé de cette faveur. Vous savez, elle a eu des contacts avec tous les présidents de la République italienne. Et il y en a qui sont venus lui rendre visite.

A-t-elle continué de s'intéresser à ce qui se passait en Belgique?

Elle avait gardé une affection pour la Belgique et en même temps, sa curiosité la poussait à mieux connaître la communauté flamande. Comme Flamand et ancien du mouvement flamand, j'ai eu souvent l'occasion d'en parler avec elle.

Que savez-vous de son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale? La recherche historique a mis en lumière certaines démarches entreprises en faveur du ravitaillement de la population belge ou des prisonniers de guerre belges.

Elle a pris des initiatives qui, je crois, étaient dans la ligne de ce que la majorité intéressée souhaitait. C'était notamment à la demande de son frère qu'elle intervenait.

A l'heure du dernier adieu, que retenez-vous de cette vie?

Une leçon d'optimisme, de courage et d'espoir. La manière dont elle a mis sa longue retraite au service des autres, l'ouverture et l'accueil dont elle a toujours fait preuve, cela mérite de constituer un exemple pour ceux et celles qui se trouvent dans des situations similaires. Il me semble que c'est ce qu'elle nous lègue de plus précieux.

© La Libre Belgique 2001

PAR PAUL VAUTE

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