L'affaire Faust un an après

VINCENT ROCOUR Publié le - Mis à jour le

Belgique

REPORTAGE

Tout commence le 8 juillet 2002, lorsque les instances fédérales du Syndicat des employés, techniciens et cadres de Belgique (Setca) signifient son licenciement à Albert Faust, secrétaire général de la section de Bruxelles-Hal-Vilvorde de la centrale. Elles lui reprochent sa gestion désastreuse - le Setca bruxellois aurait une dette de 4 millions d'euros - et sa mauvaise volonté à y mettre bon ordre malgré des mises en garde répétées. Elles mettent dans la foulée la section bruxelloise sous tutelle et déposent une plainte contre Albert Faust pour détournements de fonds.

Leader charismatique du Setca bruxellois depuis 1985 (la plus grosse section de la FGTB), Albert Faust contre-attaque aussitôt. Au nom de l'autonomie des centrales, il conteste devant les tribunaux la légitimité de la tutelle sur sa section. Dans un premier temps, il obtient d'ailleurs gain de cause. Mais à la fin de l'été 2002, le soufflé retombe. Sans se prononcer sur le fond, les tribunaux autorisent la tutelle du Setca fédéral sur la section bruxelloise. Et tout semble rentrer dans l'ordre.

Six inculpés

Mais le calme n'est qu'apparent. Sur le plan judiciaire, l'enquête du juge Michel Claise va bon train. Albert Faust est inculpé le 8 janvier 2003 pour faux et usage de faux, blanchiment d'argent, abus de confiance et association de malfaiteurs. Deux de ses proches l'ont été avant lui: l'ancien comptable de Setca de Bruxelles Marc-André Verbeure et un ancien permanent Claude De Block, accusé d'avoir bénéficier d'un complément de pension en noir. Mais rien n'indique pour l'heure que le juge Claise a pu - ou non - attester de l'existence de détournement de fonds au profit d'Albert Faust ou de ses acolytes.

L'instruction a par ailleurs mis à jour un système de détournement de bons d'affiliation visant à toucher indûment des primes syndicales. Trois personnes sont inculpées dans ce dossier: l'actuel permanent Jean-Marie Frissen, sa compagne et un délégué syndical du secteur de l'alimentation. Mais il est difficile de mesure l'importance du trafic. Un proche du dossier affirme que l'on débouchera sur des « roupies de sansonnet ».

En attendant l'issue de l'enquête, le Setca fédéral assure sa tutelle d'une main de fer. Il a entrepris de réorganiser les choses. « Avant, pour 100 francs qui rentraient dans les caisses, on en dépensait 110, explique le président du Setca fédéral Christian Roland. Aujourd'hui, on n'en dépense plus que 90.» Chaque dépense est désormais soumise à un double visa. Le système de leasing pour les voitures de fonction a été abandonné. Le chantier de rénovation du bâtiment annexe a été arrêté. Le personnel a été comprimé. Et puis, l'imprimerie qui faisait la fierté du Setca bruxellois au temps d'Albert Faust a été mise quasi à l'arrêt. « Un syndicat n'est pas un imprimeur, se justifie Christian Roland. Il vaut mieux sous-traiter ce travail à des vrais professionnels quand on en a besoin.» Mais cette décision ne fait pas que des heureux. « L'imprimerie nous permettait de réagir en quelques heures au moindre événement, regrette Marc-André Verbeure, l'ancien comptable du Setca bruxellois licencié en même temps qu'Albert Faust. C'était la force du Setca de Bruxelles. Ils ont cassé l'outil

Le budget du Setca bruxellois pour l'année 2004 a été récemment présenté au bureau exécutif. Il serait en équilibre « et même en léger boni », selon Christian Roland - lequel refuse cependant de donner des chiffres précis. Le fisc et l'ONSS seraient désormais « payés à heure et à temps » et le remboursement de la dette du Setca bruxellois vis-à-vis de l'ONSS - de 32 à 54 millions de francs selon les sources - ferait l'objet d'un remboursement. « Nous versons 1 million par mois à l'ONSS, se félicite Christian Roland. C'est à se demander où filait l'argent avant

Controverse permanente

Cette attaque en règle contre l'ancienne direction irrite les fidèles de Faust. Ces derniers reconnaissent que l'ancien secrétaire général était plutôt brouillon et qu'il signait parfois les yeux fermés les factures qu'on lui présentait. Mais ils soutiennent que les finances du Setca de Bruxelles-Hal-Vilvorde étaient toujours sous contrôle. « On nous dit que les budgets sont maintenant à l'équilibre, voire en léger boni, commente encore Marc-André Verbeure. Mais avec les gens qu'ils ont licenciés sans payer le moindre préavis, ce serait un comble que ce ne soit pas le cas. Je trouve même que ce qu'ils remboursent à l'ONSS est ridiculement bas

Autre motif de controverse: le décompte des affiliations. Christian Roland - qui ne livre cependant aucun chiffre - affirme que le nombre de membres en ordre de cotisation n'a pas été affecté depuis l'éclatement de l'affaire. « Il serait même en légère progression », énonce-t-il. Mais cette affirmation est contestée dans le clan Faust où l'on prétend que le nombre d'affiliés du Setca de Bruxelles-Hal-Vilvorde aurait chuté de 65.000 membres à 50.000 en un an. Qui croire?

De toute évidence, les rancoeurs sont toujours bien vives. A la place Rouppe, c'est d'ailleurs très palpable. Sur les 54 travailleurs occupés il y a un an, huit sont aujourd'hui en procès contre le Setca fédéral pour licenciement abusif ou harcèlement au travail. Trois membres du personnel sont par ailleurs actuellement en congé de maladie pour une longue durée - dont une névrose agressive. Au Setca fédéral, on rétorque que « ces rancoeurs sont compréhensibles, car, forcément, quand on coupe les robinets, cela ne plaît pas à certains, qui trouvent le passé plus intéressant ».

Quand est-ce que ces stigmates se refermeront? Sans doute pas avant la fin de l'enquête et le jugement attendu au fond sur la légitimité de la tutelle imposée au Setca bruxellois. L'attente risque d'être longue pour beaucoup.

© La Libre Belgique 2003

VINCENT ROCOUR