Belgique

La grogne actuelle des pensions l’a éclipsée. Mais on prend les paris : la plus grande dégressivité des allocations de chômage dans le temps qui a été décidée par le gouvernement va faire l’effet d’une bombe une fois que la réforme sera portée au Parlement. Car elle va toucher un plus grand nombre encore. Ce sont - potentiellement - les 318 000 personnes admises au chômage après la perte d’un emploi qui sont concernées.

La dégressivité accrue des allocations dans le temps s’inscrit dans un débat large - et récurrent - sur l’une des particularités les plus notables du modèle belge de protection sociale : l’octroi illimité dans le temps des allocations de chômage. Partout ailleurs en effet, les chômeurs sont versés dans un système d’assistance après une période de temps qui varie selon les pays.

Les libéraux flamands rêvent de limiter le chômage dans le temps. Mais ils savent que cette option ne récolte pas de majorité en Belgique. Ils ont dès lors demandé et obtenu que le montant des allocations soit réduit avec le temps. "Pour empêcher que les gens ne s’enlisent dans le chômage", argumentent leurs partisans.

La mise en œuvre de la mesure devrait être étalée entre le 1er juillet 2012 et le 1er janvier 2013. Voici à quoi devrait ressembler le nouveau dispositif.

On distinguera trois périodes.

La première période durera 12 mois. Durant les 3 premiers mois de chômage, la personne licenciée percevra 65 % de son dernier salaire avec un plafond de 2324 euros bruts mensuels. C’est 5 % de mieux qu’actuellement. Le gouvernement entend ainsi amortir le choc que constitue un licenciement. Durant les 3 mois suivants, le montant de l’allocation descendra à 60 % du dernier revenu (comme aujourd’hui). Et durant les six mois suivants, le montant de l’allocation correspondra toujours à 60 % du dernier revenu, mais le plafond maximal sera rabaissé à 2166 euros bruts (comme aujourd’hui également).

La deuxième période durera 2 mois minimum + 2 mois par année de carrière. Avec un maximum de 3 ans. Et une dégressivité forte : après 12 mois sans changement, le montant des allocations sera réduit tous les 3 mois (selon des modalités encore à déterminer). Cela constituera un fameux changement pour les chômeurs chefs de famille et pour les chômeurs isolés qui, jusqu’à présent, ne devaient plus craindre une diminution de leur allocation une fois entrés dans cette seconde période (60 % du dernier salaire pour les chefs de famille avec un plafond de 2020 euros bruts et 55 % du dernier salaire pour les isolés avec un maximum de 1980 euros). Les cohabitants seront moins dépaysés. Aujourd’hui déjà, ils ne perçoivent plus que 40 % du dernier salaire perçu durant cette deuxième période et sont menacés de basculer dans une troisième après un certain temps.

La troisième période. A l’avenir, tous les chômeurs risquent d’être versés dans une troisième période (après un maximum de 4 ans) où ils toucheront une allocation forfaitaire : 1 069,40 euros pour le chef de famille, 898,30 euros pour l’isolé et 474,50 euros pour le cohabitant. Une fameuse différence pour certains.

A noter que les chômeurs qui ont travaillé au moins 20 ans ou qui sont âgés de plus de 55 ans seront épargnés par la dégressivité.