Belgique

ENTRETIEN

Commentaires à chaud d'un économiste, Giuseppe Pagano, chargé de cours à l'Université de Mons-Hainaut. Il salue la cohérence du plan, mais il est prudent sur la fiabilité du milliard d'euros identifié.

Recherche et formation, sélectivité, stop au saupoudrage... On a l'impression que les discours partout proférés ont été entendus.

Clairement. La concentration sur quelques secteurs stratégiques, l'importance de la recherche et du développement, l'importance de la formation en particulier dans les langues sont des demandes sur lesquelles existe un assez large consensus.

Il ne suffit pas de le dire. Quelles sont les conditions de la réussite?

Les secteurs à privilégier ont été choisis sur une base sérieuse. On ne veut pas ou plus de saupoudrage. Les moyens sont considérables à l'échelle wallonne... Mais le plan est d'abord une incitation. Sa réussite dépendra de la réaction des entreprises. Qu'elles adhèrent, qu'elles investissent. C'est imprévisible. L'UWE est bien favorable, mais n'est que la coupole des acteurs de terrain. Or, une fois pour toutes, il faut redire que ce qui manque en Wallonie, c'est l'activité économique dans le secteur marchand.

Autre aléa incontrôlable: la conjoncture internationale...

Oui, c'est une hypothèque. Imaginons que la hausse des prix des produits pétroliers produise une crise mondiale, l'impact en sera évidemment négatif partout mais en Wallonie, les effets du plan s'en trouveront sinon annulés, retardés. Outre cette conjoncture et la réponse des entreprises, j'identifie un troisième facteur de succès: le gouvernement fédéral. Il peut traiter un problème important: celui des coûts salariaux. Même à compétitivité élevée, la Belgique reste dans la partie la plus élevée de la fourchette. Et il ne suffirait pas de vouloir réduire les cotisations sur le travail en équipe, comme le VLD en fait la proposition, qui concerne surtout la Flandre. Quant à la fiscalité fédérale, à des réductions de l'imposition des sociétés, l'impact n'en serait pas énorme sauf en termes d'images, pour attirer des entreprises étrangères: mieux vaut attirer celles qui font des bénéfices plutôt que celles qui demandent des subsides!

Autant d'éléments étrangers au gouvernement wallon. La réussite de son plan ne dépend-elle pas aussi de lui?

Bien sûr. Si son plan paraît cohérent, il devra s'assurer aussi de sa cohérence dans sa mise en oeuvre. En devant faire face aux pressions, aux sous-régionalismes, aux réticences de diverses institutions... Reste que le plus important est l'amorce d'une mentalité différente par rapport au passé. Je n'ai pas le souvenir que des décisions wallonnes aient été suivies avec, disons, autant de bienveillance du côté flamand. C'est aussi un élément-clé du succès: il faut redresser une image de marque très négative.

Par rapport aux moyens, un milliard, c'est beaucoup. Mais par rapport aux défis?

Là, ce n'est pas beaucoup. Mais ce milliard doit avoir des effets démultiplicateurs, dans le secteur privé.

Et dans sa provenance, ce milliard vous paraît-il crédible?

Pour Arcelor et les dividendes de la SRIW, c'est certain. Pour les marges budgétaires projetées, ce n'est pas impossible, mais ce sera difficile à tenir. Quant aux montants à venir de transferts internes, tout sera question de choix politiques: le gouvernement devra s'assurer que ces choix seront maintenus sur les 4 années à venir.

© La Libre Belgique 2005