Belgique

Tout n'est pas encore dit sur la bataille des Ardennes. A preuve, les recherches menées sur les civils par Peter Schrijvers, un historien flamand qui travaille en Australie; à preuve encore, l'ouvrage qu'a présenté mardi à Bruxelles Matthieu Longue, un jeune historien récemment diplômé de l'ULB.

Dans «Massacres en Ardenne», il revisite les événements du dernier baroud d'Hitler en analysant un dossier peu connu du public, en l'occurrence, l'enquête criminelle basée sur l'étude des archives de la commission des Crimes de guerre qui oeuvra de 1944 à 1948. Les rapports qui en émanèrent furent utilement complétés par les archives du collège des procureurs généraux dépositaires des anciennes juridictions militaires. Pour Matthieu Longue, ce fut une bonne voie d'accès vers un nouvel examen des massacres commis à Stavelot, à Bande et à Noville mais aussi de ceux commis dans bien d'autres localités. Des massacres qui sont, eux, de moins en moins connus en dehors de la zone des combats parce que, de manière un peu paradoxale, les précités ont peut-être été trop présents dans la mémoire nationale. Une reconstitution des «heures rouges des Ardennes» pour paraphraser feu Paul MG Lévy, qui vient donc parfaitement à son heure même si l'auteur nous a confié que certains collègues et non des moindres n'étaient pas convaincus de l'opportunité présente de sa démarche. Matthieu Longue en a aussi profité pour mettre à mal une série de mythes. Tout d'abord, contrairement à ce que l'on pense encore parfois, la Wehrmacht a aussi participé aux exactions sur le front des Ardennes. Quant à la puissance de l'armée allemande, elle était surtout synonyme de l'énergie du désespoir. Inversement, les Américains ne furent pas tous des agneaux...

Abus d'empathie nuit?

La démarche de Matthieu Longue se situe entre histoire et devoir de mémoire: «Le moment était venu de faire une étude originale sur les exactions et autres infractions au droit international et humanitaire commises par les nazis. En tenant compte des nouvelles approches historiques mais aussi en osant poser la question de l'empathie de l'historien envers les coupables et les victimes d'atrocités».

On le voit, l'auteur n'a pas nécessairement choisi la voie de la facilité ou du consensus mou. Mais c'est ce qui fait, évidemment, le grand intérêt de sa recherche. Un premier ouvrage prometteur...

«Massacres en Ardenne», Editions Racine, 352 pp, 24,95 €

© La Libre Belgique 2006