Belgique

Dans quelques mois, deux nouvelles ambassades viendront grossir le lot de celles qui, nombreuses, ont choisi l’avenue Roosevelt, à Bruxelles, pour élire domicile en Belgique. Celle du Qatar (dont la photo sert d'illustration à cet article) s’y fait en effet construire un petit palais, à l’angle de l’avenue Victoria ; dont on raconte que le prix au mètre carré a explosé, ce que dément son architecte, Jaspers & Eyers, évoquant "un luxe certain mais sans extravagance". Les travaux ont débuté en novembre 2012. Le gros-œuvre sera achevé fin juin. Compte tenu des aménagements intérieurs, l’occupation des lieux pourrait débuter dans le courant du 2e trimestre 2015.

Entre 4 et 5 millions d’euros

L’autre ambassade à avoir choisi cette très diplomatique avenue est celle des Emirats arabes unis qui a acquis la maison dite Delune, du nom de son architecte. La transaction date de juin 2012 déjà, à un prix qui se situerait, dit-on dans le marché, entre quatre et cinq millions d’euros. Si la maison Delune, la plus ancienne de l’avenue Roosevelt, à l’angle de la rue des Phalènes, a gardé le même propriétaire (la famille Feys) pendant près de 80 ans, elle les collectionne depuis ; de même que les occupants et… les rénovations.

Les Emirats arabes unis se sont laissé séduire par la mystérieuse maison Delune qu'ils intégreront après rénovation (crédit: Reporters)

Elle fut édifiée vers 1904-1905, avant la tenue de l’Exposition universelle de 1910 dont elle sera un célèbre bar-café-restaurant ; mais également avant… la création des voiries, d’où son orientation de biais par rapport à l’avenue, qui ajoute à son mystère.

Oubliée pendant des lustres, elle sortira de l’anonymat en 1996 lors de son rachat par Stephan Jourdain (aujourd’hui administrateur délégué du Cercle de Lorraine) qui lancera l’architecte Francis Metzger (bureau DMA) dans une lourde opération de rénovation-restauration (1999). Les lieux seront alors revendus à la banque Bacob/Artesia ; afin d’y implanter son département "private banking", celle-ci fera à nouveau appel à Francis Metzger (2002). L’occupation bancaire ne se fera finalement pas et, en 2004, Dexia (repreneur d’Artesia) remet la maison Delune en vente.

Elle sera acquise par Breevast et louée à l’agence de communication JWT. Puis, finalement, repérée par l’ambassade des Emirats arabes unis, trop à l’étroit dans ses locaux de la rue des Colonies.

Ses atouts : sa localisation et ses lignes mêlant éclectisme et Art nouveau. "Son architecture du début du XXe siècle fut un des arguments, confirme Ossama S. Charaf, "media & communication manager" auprès de l’ambassade. "Le patrimoine est un élément de valeur pour la Belgique auquel un jeune Etat comme le nôtre est sensible."

Ambassade XXe, consulat XXIe

Une nouvelle salve de travaux a été lancée, qui sera, comme les deux précédentes, signée par Francis Metzger, et son bureau MA². Une demande de permis unique a été déposée fin décembre à la Région. Prochainement, les riverains seront conviés à une réunion au cours de laquelle le projet leur sera dévoilé. Ce n’est pas tant la maison Delune proprement dite, réservée à l’ambassade, qui retiendra leur attention, que la construction d’un petit immeuble pour abriter le consulat et d’un pavillon de jardin pour les réceptions, tous deux de facture contemporaine. "L’objectif de l’ambassade est de refaire, dans la maison Delune, un intérieur de qualité dans la continuité historique, explique Francis Metzger. Cette maison a besoin d’une respiration. Elle restera le vrai élément de patrimoine et retrouvera cette générosité, cette identité, semblables à l’état d’origine". Soit entre six et huit mois de travaux.

Reconversion possible

Le consulat s’inscrira dans un bâtiment neuf, dans la prolongation du bâti de la rue des Phalènes. "Il s’accrochera au pignon et clôturera la rue ; un immeuble de même taille et de même morphologie, qui, au besoin, pourra être reconverti en logements", précise l’architecte. Quant au pavillon de jardin, il servira de lieu de réception mais également d’écrin à une exposition sur la Maison. Le tout dans un jardin qui retrouvera son tracé d’antan.