L’effet impitoyable de la réforme des études de médecine

Alice Dive Publié le - Mis à jour le

Exclusif
Belgique

Assurément, il aura fallu faire preuve de patience et d’une extrême prudence pour les obtenir dans leur entièreté. On parle ici des résultats des étudiants de première année de baccalauréat en médecine humaine à la nouvelle épreuve dite "de fin de premier quadrimestre", instaurée dans le cadre plus vaste de la récente réforme des études médicales.

Ainsi, plutôt que quelques chiffres partiels obtenus ici et là, "La Libre" a contacté les cinq universités de la Communauté française qui proposent en leur sein - en partie ou en tout - un enseignement de la discipline.

Verdict final : près d’un étudiant sur deux (48 %) en Communauté française a déjà raté à ce stade sa première année de médecine. Ceci étant, il convient d’être prudent dans l’interprétation des chiffres. Analysés unif par unif, ce n’est pas "l’hécatombe", comme certains ont pu le dire. "Certes, la situation est loin d’être réjouissante , lâche-t-on dans les rangs des hautes sphères universitaires, mais "elle est moins catastrophique qu’annoncé".

Petite piqûre de rappel tout de même. Depuis la rentrée académique dernière (2012-2O13), les études de médecine ont connu de profondes modifications. A l’origine de cette réforme : le décret du ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS) relatif à la "réorganisation des études du secteur de la santé".

Parmi les grands volets de cette réforme, notamment la réduction de la durée des études de base de sept à six ans. Ainsi, à raison de trois années de bachelier et de trois années de master, la formation globale des médecins a diminué d’un an, sauf pour les généralistes dont la spécialisation est passée de deux à trois ans.

Parallèlement à cela donc, la mise en place d’une épreuve en janvier. Concrètement, il s’agit d’une session d’examens à laquelle tous les étudiants de première médecine doivent obligatoirement participer pour être admis au second quadrimestre.

Ainsi, selon le texte décrétal - c’est là que l’affaire se corse - les étudiants qui obtiennent à cette épreuve une moyenne pondérée égale ou supérieure à 10/20 peuvent poursuivre "normalement" leur cursus au second quadrimestre. Ceux qui obtiennent une moyenne inférieure à 10/20 doivent passer un contrat avec le jury et ont trois possibilités : une remédiation au second quadrimestre, un étalement de la première sur deux années, ou une réorientation vers d’autres filières du secteur de la santé.

Nuance cruciale, pour ceux dont la moyenne pondérée oscille entre 8 et 10/20, en aucun cas les membres du jury ne peuvent leur imposer une option plutôt qu’une autre. A l’inverse, les jurés se voient attribuer l’obligation d’imposer l’étalement aux étudiants dits "en situation d’échec grave", soit ceux qui ont obtenu une moyenne inférieure à 8/20, et qui ne souhaitent pas se réorienter.

52 % de taux de réussite à l’UNamur

Ainsi, d’après les chiffres que les doyens nous ont communiqués, c’est l’Université de Namur qui, avec 52 % de taux de réussite, se hisse en tête de peloton. Un pourcentage qui surprend "très positivement" les autorités académiques namuroises, mais qui, selon elles, n’est pas le fruit du hasard. "Chez nous, les professeurs de première ont pris la peine de remanier leurs cours en fonction du temps dont ils disposent pour les dispenser. Ils ne se contentent donc pas d’enseigner leur matière plus rapidement", nous déclare-t-on. Et de poursuivre : "D’autre part, les conditions dans lesquelles les cours ont été donnés durant le premier quadrimestre étaient optimales à Namur. Les infrastructures ayant été dédoublées, chaque étudiant dispose d’un siège et d’une tablette dans l’auditoire. Cela peut sembler être ‘la base’ , pourtant c’est loin d’être le cas dans toutes les universités."

En deuxième position, c’est l’ULg qui se distingue avec 36,6 % d’étudiants qui pourront continuer leur année "normalement", sans remédiation, étalement ni réorientation. L’UMons lui emboîte le pas, et de près, avec un taux de réussite de 34,9%. Tout en bas du classement, l’UCL avec 17,6 %, précédé de quelques points par l’ULB qui affiche un score de 19,1% de taux de réussite.

Mais attention, gardons-nous de tirer des conclusions hâtives, car au-delà de la préparation à cette épreuve, d’autres critères entrent en ligne de compte. "Une population estudiantine n’est pas l’autre. A Bruxelles par exemple, le public étudiant est un peu plus défavorisé qu’ailleurs. Le milieu familial et socio-économique est un influent crucial", insiste-t-on du côté de l’ULB. D’autre part, rappelons que le ministre Marcourt a tout récemment manifesté sa volonté de voir harmonisés tous les cours de médecine Bac 1 au sein des unifs.

Quoi qu’il en soit, les résultats sont là. A présent, les étudiants ont jusqu’au 15 février pour méditer et décider de leur sort. Quant aux cinq doyens concernés, ils se réuniront le 23 février prochain, pour comparer leurs chiffres, notamment...

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