Belgique

Une prise de position forte des évêques belges dans la lignée de la doctrine sociale de l'Eglise. Un message à la fois religieux et politique... Analyse. 


Le 26 mars prochain, il y aura 50 ans que le pape Paul VI publiait sa fameuse encyclique « Populorum Progressio » centrée sur le développement des peuples. A l'époque, l’Église belge avait réagi très positivement, ce qui n'était nullement surprenant quand on sait que les chrétiens d'ici ont toujours été à la pointe de la doctrine sociale (et sociétale) de l’Église. Un demi-siècle après, la Conférence épiscopale est toujours aussi déterminée. Mieux : elle anticipe même l'anniversaire ! A l'occasion du carême, les évêques ont présenté lundi, une lettre pastorale intitulée « La communion des peuples » qui indique des pistes à suivre pour poursuivre ces engagements d'antan. Ils restent plus que jamais d'actualité et plus que jamais nécessaires. Une autre particularité de l’Église catholique en Belgique est son ouverture récurrente aux laïcs. C'est pourquoi autour des évêques référendaires, Mgr Jean-Pierre Delville (Liège) et Mgr Luc Van Looy (Gand) il y avait aussi Lieve Herijgers, la directrice de Broederlijk Delen, l'alter-ego néerlandophone d'Entraide et Fraternité et Baudouin Van Overstraeten, directeur du Jesuit Refugee Service/Belgique qui ont aussi éclairé le texte très riche de 31 pages.

Le nouveau document ne tombe pas du Ciel si on peut s'exprimer ainsi ! Les évêques s'inscrivent dans la foulée du pape François, constatant avec lui qu'il s'impose de réagir avec force à la croissance de l’exclusion sociale. En même temps, ils donnent suite à leur lettre pastorale du 13 octobre 2015, consacrée aux réfugiés et intitulée « Vivre ensemble avec les réfugiés et les migrants, nos frères et sœurs ». Puis, ils se raccrochent à l'actualité récente : les catastrophes sociales comme la fermeture de grandes usines comme Caterpillar à Gosselies ou encore les licenciements massifs dans différentes banques. Les responsables de l’Église de Belgique suivent aussi de près l’augmentation de la pauvreté et de la précarité et sont plus qu'attentifs aux guerres et aux attentats qui ont entraîne une augmentation du nombre de migrants et de réfugiés avec les difficultés d’intégration inhérentes.

De la même manière, ils prolongent aussi l'encyclique Laudato si’, du pape François qui a appelé le monde à « écouter la clameur de la terre et la clameur des pauvres » et l'exhortation apostolique Evangelii Gaudium, où il il demande une intégration sociale du pauvre dans la société et l'extinction de tout forme d'inégalité car « l’inégalité sociale est la racine des maux de la société ».

« Nous nous basons aussi sur l'évangile de la date-anniversaire du 26 mars » commente Mgr Delville. « C'est le récit de l’aveugle-né, dans l’évangile de Jean. Il est guéri par Jésus en quatre étapes, que nous avons synthétisé en quatre mots : regard, geste, communion et mission. Ce récit appelle à croire que l'exclusion peut être surmontée par la miséricorde et déboucher sur une nouvelle communion ».

Puis, les auteurs se sont livrés à une analyse de la situation de notre société. Pour eux, les secteurs de base tels que la technologie, la science, la politique, l’économie et l’éthique se développent aujourd’hui de manière autonome et engendrent souvent l’exclusion sociale. Pour y remédier, ils proposent quatre engagements majeurs : la justice sociale, la solidarité, la communion des peuples et l’engagement écologique pour un monde « en transition ».


La justice sociale

«Si l’être humain est né en ce monde, cela signifie qu’il est voulu par Dieu. Si sa vie est voulue par Dieu, elle doit pouvoir être vécue décemment, c’est-à-dire dignement. Si elle doit être vécue dignement, cela signifie que l’individu doit avoir accès à un salaire décent. Ce raisonnement, conçu d’abord pour le monde occidental, doit désormais s’appliquer à tout être humain ». L’Église est active ici par la Commission Justice et paix, à Rome comme dans chaque Église locale.


La solidarité organisée

L’instrument de la solidarité, par excellence, est le syndicat. Sans lui, on n'aurait pas pu maîtriser le capitalisme sauvage en synergie avec les lois sociales. Aujourd'hui, il faut construire une gouvernance mondiale en étroite liaison avec une conscience sociale internationale qui maîtriserait les injustices produites par l’économie sauvage et les guerres locales dévastatrices. Là, la Belgique est présente depuis très longtemps avec des campagnes de solidarité, comme les Carêmes de Partage. Celles-ci ont ont permis de découvrir les conditions de vie, les combats et les espoirs des populations les plus défavorisées de l'hémisphère Sud. Il s'agit maintenant d'élargir cette préoccupation à toute l’humanité : « nous plaidons pour une réglementation mondiale de l’économie et du commerce, afin d’avoir un modèle plus équitable et une meilleure répartition des richesses. Nous encourageons des banques réalisant des investissements dictés par la justice et accordant des microcrédits aux petits producteurs. Nous voulons promouvoir le système de la coopérative, qui a fait ses preuves en Europe même. Nous trouvons nécessaire de développer une agriculture qui valorise les capacités locales et la relation directe à la terre ».


La communion des peuples

Cependant pour sortir des logiques d’exclusion, il faut un dialogue entre les peuples, les cultures et les religions. Un événement éminemment symbolique fut la rencontre de prière des religions pour la paix de Jean-Paul II à Assise en 1986.

Pour les évêques « les chrétiens ont à découvrir et à reconnaître l'autre, les autres, proches ou lointains, si différents soient-ils, spécialement les pauvres, mais aussi à changer, à se convertir à la lumière de la foi en Jésus, d'abord sur le plan personnel, mais aussi au niveau des communautés humaines et chrétiennes ainsi que vis-à-vis des structures ».

A propos de l’accueil des immigrés, les évêques reprennent la lettre de 2015 : « lorsque les gens fuient la guerre, l'oppression, la faim, la grande pauvreté, la persécution et la discrimination, il n'y a pas de solution structurelle toute faite pour faire face à la situation. Chacun sait que la migration forcée ne cessera que lorsque, dans les pays d'origine, les conditions de logement, de travail et de vie seront fondamentalement assainies ».


L’engagement écologique pour une Église ‘en transition’

Concernant le respect de la nature, dans la ligne d’une écologie intégrale, les évêques lancent une invitation « à se sentir ensemble responsables de notre ‘Maison commune’ qu'est la terre ». A travers les manières de se nourrir, d'habiter et de se chauffer ou encore de se déplacer mais aussi à travers les manières de se montrer solidaires comme consommateurs mais aussi comme citoyens en veillant à ce que tous les engagements pris par les grands décideurs soient vraiment réalisés…

En conclusion, les évêques remercient tous ceux qui s’engagent au service de l’intégration du pauvre dans la société et au service de la réconciliation dans le monde dans les communautés chrétiennes mais aussi dans les groupes pluralistes ou de manière individuelle. Avec l'espoir que chaque chrétien s’engage ainsi à la mesure de ses disponibilités dans le service de l’humanité….


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