Belgique

L’école manque-t-elle encore d’argent ? Le gouvernement de la Communauté française décidera-t-il, lors de l’ajustement budgétaire, d’accorder une part de l’embellie prévue (98 millions d’euros) à l’encadrement différencié dans les écoles accueillant un public défavorisé ? C’est en tout cas le vœu que la ministre de l’Enseignement obligatoire a exprimé dans "La Libre" des 17 et 18 avril. Et le sujet sera abordé en gouvernement ce jeudi.

Mais notre enseignement nécessite-t-il vraiment davantage de ressources ? A en croire le Pr Deschamps (Facultés de Namur), spécialiste reconnu des finances des entités fédérées, c’est non. Dans une note datée du 13 avril, il estime en effet que notre enseignement ne souffre pas d’un sous-financement. "On constate, écrit l’économiste namurois, à partir des budgets initiaux 2008 et 2010 (lire l’infographie) que l’enseignement voit ses dépenses croître de 575 millions (+ 9,6 %) en deux ans, alors que les recettes de la Communauté diminuent de 185 millions et que les autres dépenses primaires diminuent de 35 millions."

"Sur la même période de deux ans, poursuit-il, les dépenses de l’enseignement obligatoire croissent de 10 %, celles de l’enseignement supérieur de 8,8 % et celles de la recherche de 9,3 %. Il s’agit d’une croissance rapide des dépenses d’enseignement, plus forte qu’au cours des sept années précédentes."

Avec ces chiffres actualisés, le Pr Deschamps confirme l’analyse qu’il avait menée, il y a un an et demi, sur l’efficacité de notre enseignement. A l’époque, dans le "Cahier de recherche" de novembre 2008 du Cerpe (Centre de recherche en économie régionale et politique économique), il dressait des constats "fort éloignés du message ressassé chaque jour d’un enseignement mal financé et insuffisamment encadré. Quant aux performances mesurées dans des études internationales, elles ne sont pas à la hauteur des moyens consacrés à l’enseignement." Selon Robert Deschamps, sur base de données de 2004, la part des dépenses publiques d’enseignement dans le PIB (produit intérieur brut) en Communauté française, un peu plus de 6 % (contre moins de 5,7 % en Flandre), est supérieure à tous les pays industrialisés, sauf le Danemark, l’Islande, la Norvège et la Suède. "On ne peut donc pas reprocher aux décideurs politiques d’affecter dans les budgets trop peu de moyens à l’enseignement."

Quant à l’encadrement (rapport enseignants/élèves), il est, pour le primaire, nettement plus favorable que la moyenne européenne et, dans le secondaire, plus favorable que quasi tous les pays, et ce même si, comme dans tous les pays, les enseignants ne sont pas tous en classe (disponibilité de fin de carrière, congés de maladie, etc.)

Enfin, la part des dépenses salariales dans le total est, en Belgique, parmi les plus élevées des pays industrialisés. Les dépenses de fonctionnement et pour les bâtiments sont faibles. Conclusion de M. Deschamps : "Notre enseignement ne souffre en tout cas pas d’une insuffisance de moyens financiers, ni d’un nombre trop faible d’enseignants. Si problème il y a, ce n’est pas là qu’il faut en chercher la cause ni non plus le remède."

Les remèdes, il les voit plutôt du côté de l’organisation du système "qui souffre de nombreux cloisonnements, de rigidités et de comportements corporatistes". "Il importe de modifier l’organisation, et non pas de continuer à faire plus de ce qui ne marche pas bien", résumait-il alors.

Nul doute que lors des discussions sur l’affectation des marges budgétaires, ce jeudi, on fera référence aux travaux de M. Deschamps. Car si les partenaires de l’Olivier s’étaient mis d’accord pour trouver 15 millions nouveaux pour l’encadrement différencié - ce qui fut fait -, les 25 millions restants devraient, eux, être dénichés dans le budget de l’enseignement lui-même, sans moyens nouveaux - sinon, ce serait à nouveau du refinancement. D’où l’idée de prendre aux écoles riches pour donner aux pauvres, à l’instar de Robin des Bois. Une idée que ne renierait pas le Pr Deschamps, lui qui plaidait déjà, fin 2008, pour un incitant financier à la mixité, sous forme de moyens et de profs supplémentaires pour les écoles à public socialement mais aussi scolairement plus faible.