Belgique

Le 10 juin 2007 au soir, Guy Verhofstadt, reconnaissant la défaite de son parti, avait aussitôt jeté l'éponge et disparu de la circulation politique. Comme d'habitude quand le sort s'abat sur lui, il était parti se ressourcer en Ombrie, à l'ombre de ses oliviers. Tandis qu'informateur, négociateur, formateur, éclaireur, explorateur se succédaient, l'homme se reposait, persuadé qu'il avait raté sa sortie politique.

192 jours plus tard, Guy Verhofstadt parvient à sortir la Belgique du bourbier politique dans lequel les pays voisins la regardaient lentement mourir. Avec son habituel baraka, son charisme, sa force de conviction, il a réussi à convaincre, à rassurer, à rassembler des hommes et des femmes qui semblaient irrémédiablement fâchés.

3 000 jours

C'est donc lui, évidemment, qui restera au "16", rue la Loi, là où il venait de "fêter", sans tambours ni trompettes, son 3 000e jour de présence à la tête d'un gouvernement. La question que l'on pose à toutes les pages, que l'on entend sur toutes les lèvres est la même : s'en ira-t-il vraiment le 23 mars prochain comme il l'a promis ou son tempérament de fonceur le poussera-t-il à rester jusqu'à ce qu'il juge son oeuvre terminée ? Quoi qu'il en soit, avec ce dernier coup d'éclat, Guy Verhofstadt terminera une carrière politique belge de maîtresse façon, ce qui devrait lui permettre de briguer ensuite une fonction européenne. N'avait-il pas, en 2005, failli devenir président de la Commission ? La chance repassera-t-elle par lui lorsqu'on renouvellera la Commission en 2009 ?

Le gouvernement intérimaire comprendra 14 ministres et non 15 (la place est-elle gardée pour un membre de la N-VA ?). Il y aura 2 vice-Premiers (dans l'ordre Reynders et Leterme) et plus aucun secrétaire d'Etat.

C'est chez les libéraux flamands qu'il y aura le moins de bouleversements par rapport au gouvernement Verhofstadt II : Patrick Dewael prolongera son expérience au ministère de l'Intérieur, avec peut-être le secret espoir de se retrouver, dans la version définitive de l'Exécutif, aux manettes de la Justice, un autre département qu'il rêve d'occuper comme le fit son oncle Herman Vanderpoorten. Son collègue Karel De Gucht rempilera, lui, aux Affaires étrangères - qu'il agrémentera du "Commerce extérieur".

1er vice-Premier ministre

Au MR, l'équipe sera emmenée par le 1er vice Premier ministre, Didier Reynders qui conservera les Finances et sera en charge de la préparation du programme socio-économique du gouvernement définitif.

Sabine Laruelle gardera l'Agriculture, les Classes moyennes et héritera de l'Economie. Le nouveau venu est Charles Michel, qui devrait prendre en mains la Coopération au développement.

Josly Piette

Au CDH, c'est donc le Liégeois Josly Piette qui devrait être confirmé, ce jeudi, par la présidente Joëlle Milquet. Il deviendra ministre de l'Emploi et du Travail, un poste sur lequel l'ex-syndicaliste Inge Vervotte lorgnait depuis des lustres. Elle se retrouve, du moins, pour la période intérimaire, aux "Entreprises publiques" et à la "Fonction publique". C'est un "déplacement de dernière minute" que l'Anversoise, qui a quitté le gouvernement flamand en même temps qu'Yves Leterme, n'a que très peu apprécié... Yves Leterme, vice-Premier, conduira lui-même le groupe "Réformes institutionnelles". Il couplera cette charge avec la compétence du Budget. Le président du parti, le Limbourgeois Jo Vandeurzen, pour "services rendus" au parti, est catapulté au ministère de la Justice

Jo Vandeurzen devrait laisser sa place de président de parti - une charnière importante pour faire tourner le cartel avec la N-VA - à Etienne Schouppe.

Le flamboyant Pieter De Crem manque le ministère de l'Intérieur - puisque le CD & V ne peut cumuler avec la Justice, le second département "d'autorité". Pieter De Crem sera le prochain ministre de la Défense. Le bourgmestre d'Aalter a tiré à vue, alors qu'il était chef de file du CD & V dans l'opposition, sur André Flahaut. Voilà donc le braconnier qui devient garde-chasse. Pieter De Crem reçoit, en outre, le portefeuille de la "simplification administrative".

Surprise PS ou non ?

Les principales inconnues se trouvent au PS où Elio Di Rupo devait passer sa soirée à établir le casting. Une chose est sûre : le président du PS restera au Boulevard de l'Empereur. Les gouvernements régionaux et communautaires ne devraient pas être touchés par les remaniements. Laurette Onkelinx prendra sans doute en charges les Affaires sociales. Les deux autres ministres (probablement Christian Dumont et Didier Donfut) devraient se partager les Pensions, l'Energie, la Mobilité. A moins que, comme à son habitude, Elio Di Rupo ne réserve une "surprise".