Belgique

Voilà de quoi faire d’une pierre deux coups... Une fonction publique repensée et plus efficace permettrait de financer le vieillissement de la population. C’est une des conclusions d’un vaste check-up du secteur public belge fédéral comme régional réalisé sur base de documents officiels et récents par le "think tank" indépendant Itinera. Jean Hindriks, senior fellow de l’Itinera Institute (qui rassemble des spécialistes issus de tous horizons belges) et professeur à l’UCL et à la KULeuven est parti du constat dans une étude intitulée "Au-delà de Copernic : de la confusion au consensus ?" que "la réforme de Copernic a fané avant d’avoir fleuri" . La Belgique a les niveaux de dépenses et d’emplois publics les plus élevés au sein de l’OCDE, alors que la qualité et la quantité des services publics sont relativement décevantes pour ne pas dire plus. Mais notre pays n’est pas vraiment armé face aux défis de la mondialisation, à la guerre des talents et à la révolution digitale, mais pas davantage face au vieillissement de la population. Dès lors pour Jean Hindriks, "il est urgent d’envoyer un signal fort pour restaurer une véritable capacité d’action du gouvernement" . Des constats ravageurs encore : la fonction publique coûte cher et est peu efficace. Avec une personne sur trois qui y est employée, l’efficacité publique est faible comparée à celle des autres pays occidentaux. "Que ce soit en protection sociale, en éducation de base ou dans l’administration judiciaire, les résultats sont tout au plus médiocres , alors que l’efficacité est encore pire."

Dur, dur, mais Jean Hindriks entend y remédier par un plan basé "sur l’évaluation, la modernisation, la simplification, l’autonomie et les compétences de la fonction publique" . A ses yeux, "il est important de fixer des objectifs clairs pour chaque service public et d’élaborer des méthodes d’évaluation objectives et subjectives par le biais d’enquêtes de satisfaction auprès des utilisateurs".

Congés maladies

L’économiste rue aussi dans les brancards en plaidant pour la suppression de certaines "habitudes" administratives. Pourquoi maintenir les vingt jours de congé de maladie auxquels les fonctionnaires fédéraux ont droit ? Force est, en effet, de constater que des fonctionnaires sont automatiquement malades vingt jours par an "parce qu’ils y ont droit" ! Afin de combattre cette dérive, il faut "confier le contrôle de l’absentéisme à un organe central qui récolterait les données de tous les services publics" .

Jean Hindriks entend aussi supprimer le congé politique. Car, si l’on veut réellement dépolitiser la fonction publique, il faut choisir : ou bien, on travaille dans la fonction publique; ou bien, on exerce un mandat politique.

Retour au financement du vieillissement... Le chercheur pose qu’en dix ans, 40 pc de la force de travail de la fonction publique sera renouvelée. Les économies réalisées en remplaçant un fonctionnaire qui part à la retraite par un jeune collègue devraient aller au fonds de financement du vieillissement. Soit une économie de 12milliards d’euros sur dix ans, ce qui représente 0,35 pc du PIB chaque année. Si la mesure peut déboucher sur un consensus, il n’en ira pas de même pour d’autres suggestions. Comme la diminution du nombre de ministres et des membres des cabinets. Ou la suppression des conseils provinciaux et même du Sénat. Les élus auront-ils le courage de trancher dans le vif... Pas sûr du tout !