Belgique

Offrez à votre enfant les clés de la réussite !", "Parce que tous les enfants peuvent réussir !", "Objectif de l’été : 100 % de réussite scolaire !", "Apprendre à apprendre avec la PNL" Les annonces plus prometteuses et ambitieuses les unes que les autres de soutien scolaire foisonnent sur Internet. Et à quelques semaines des examens de passage, des secondes sessions et de la rentrée, elles battent le rappel et proposent diverses formules pendant l’été : blocus encadrés ou assistés pour les étudiants du supérieur, stages résidentiels ou non, cours particuliers à domicile, rattrapage intensif à la préparation des examens pour les élèves du secondaire, ou encore préparation à la rentrée scolaire pour les plus jeunes du primaire.

Depuis quatre à cinq ans, la demande en soutien scolaire a littéralement explosé. "La demande est bien là et est régulièrement plus soutenue. Cet été, chez nous, elle s’est étalée sur juillet et août, confirme Brigitte Raymond, fondatrice et directrice de Reussit school depuis six ans. La demande est de plus en plus importante et concerne tous les réseaux scolaires. C’est très large. Nous avons même des demandes avant l’entrée en 1re primaire jusqu’au secondaire supérieur inclus et assez bien réparties dans les différents niveaux." Même son de cloche chez My Sherpa : "Depuis le lancement de nos services il y a cinq ans, nous constatons une évolution très forte. Nous doublons tous les deux ans le nombre d’élèves que nous suivons (NdlR : cette année, My Sherpa a coaché 3 000 élèves) . Mais il est difficile de savoir ce qui est dû à la qualité de nos services et à un effet structurel", indique son co-fondateur Ron Kelijman.

Chez CogitoBelgium aussi, on constate que "la demande ne tarit pas". "Ça marche de plus en plus. C’est indéniable. En 2001, nous organisions une seule semaine de blocus assisté avec vingt étudiants. Dix ans plus tard, c’est de la folie ! Nous avons 500 étudiants inscrits", se félicite Grégory Van der Steen, directeur du département supérieur pour Cogito.

Pourquoi un tel engouement ? Selon une enquête réalisée par Educadomo - réseau belge de soutien scolaire à domicile - entre décembre 2008 et janvier 2009 auprès de parents des deux communautés linguistiques, près d’un parent sur huit n’aide jamais son/ses enfant(s) à faire ses devoirs, contre 84 % qui le font. Plus de la moitié des parents (55 %) ont également répondu consacrer moins d’une heure par jour à l’accompagnement du travail scolaire des enfants.

Un suivi qu’ils estiment toutefois important "pour que leurs enfants soient parmi les premiers de classe" (33,3 %) et "parce que cela fait partie du rôle de parent" (33,3 %). Enfin, selon Educadomo, presque une personne sur dix recherche un soutien extérieur.

Pour Brigitte Raymond, "les modes de vie des familles ont changé : les parents sont très fortement sollicités par leur vie professionnelle et il y a beaucoup de familles recomposées où les contextes sont plus compliqués à gérer. Donc, il est vrai que les enfants sont de plus en plus seuls pour l’après-école et les parents fort occupés quand ils rentrent. Cela leur fait donc du bien de pouvoir externaliser cette aide ; c’est sécurisant, cela dédramatise et il y a moins de conflits dans la famille, surtout à l’âge de l’adolescence".

Une réflexion que partage Céline Doumier, conseillère pédagogique chez Educadomo : "Notre service est né il y a six ans d’un besoin de la société. La famille a changé - les femmes travaillent, il y a de plus en plus de parents divorcés Sans oublier la pression de l’Europe qui demande que l’on soit compétitif par rapport aux USA, que l’on crée les cerveaux les plus impressionnants. Tout cela est reporté sur l’école. Et puis, les parents ont envie de donner le meilleur pour leurs enfants."

Avec un taux de redoublement d’un enfant sur vingt en maternelle, d’un sur cinq en primaire et d’un sur deux en secondaire, "le système scolaire en Communauté française produit massivement de l’échec scolaire", fustige La Ligue des familles. Alors que l’enquête Pisa 2009 (pour Programme international pour le suivi des acquis des élèves) au sein des pays de l’OCDE note que "les pays où le redoublement est fréquent sont aussi ceux qui enregistrent les plus mauvais résultats", la ministre de l’Enseignement obligatoire Marie-Dominique Simonet (CDH) persiste, préférant tabler sur l’encadrement différencié, les évaluations externes, le renfort d’encadrement du 1er degré ou encore la remédiation pour vaincre l’échec scolaire.

Si certaines initiatives de soutien (extra) scolaire sont mises en place au sein des écoles, elles tardent et peinent - essentiellement faute de moyens - à s’ancrer durablement et efficacement. "C’est au départ l’école qui est en défaut de ne pas avoir mis en place ce qu’il faut pour que les enfants réussissent. A partir du moment où l’école a failli à sa mission, qu’il y ait d’autres personnes qui viennent prendre une part du marché et exploitent une faille du système, c’est humain", juge Sandrine Grosjean du CGé (Changements pour l’égalité). "Les jeunes, par exemple, n’apprennent plus à travailler vraiment bien pendant les humanités et quand ils arrivent à l’unif ou en école supérieure, ils ne savent pas comment faire, observe Grégory Van der Steen. Notre force, c’est qu’on récupère ce que l’enseignement ne fait plus et qu’il devrait faire." Céline Doumier, elle, tempère : "Nous ne sommes pas en compétition avec les écoles. Elles font beaucoup pour aider les élèves. Nous, nous sommes quelque chose en plus."

En s’engouffrant dans une brèche lucrative, les cours privés répondent certes à un besoin, mais écartent d’emblée une frange plus défavorisée de la population scolaire. "Il y a un marché de plus en plus solvable des cours et pour nous, c’est un échec du système scolaire", dénonce Denis Lambert, directeur-général de La Ligue des familles. Les raisons ? Primo, "la remédiation devrait faire partie intégrante du système scolaire, avec un travail d’équipes pédagogiques pluridisciplinaires, entre les écoles et les associations par exemple". Secundo, "la Communauté française investit énormément dans l’échec scolaire - 400 millions par an. Mais ne faudrait-il pas plutôt les allouer à des activités pluridisciplinaires au sein de l’école ?", interroge M. Lambert qui voit en ces cours de remédiation une "privatisation de l’école reproduisant les inégalités sociales" et un désaveu de l’enseignement à résoudre les difficultés scolaires de tous les élèves et à les mener à la réussite.