Belgique

Dans la galaxie des dossiers politico-judiciaires de Charleroi depuis six ans, celui du terrain synthétique du Sporting de Charleroi pouvait sembler assez anecdotique. Il a pourtant valu sa première condamnation, hier, à l’ancien bourgmestre Jacques Van Gompel, considéré comme le maître d’œuvre d’une convention truquée passée avec le Sporting de Charleroi.

En 2005, le club de football connaît des problèmes d’infrastructure. Il lui faut d’urgence une pelouse synthétique. La Ville, propriétaire des installations, devrait passer par un appel d’offres, synonyme d’une procédure longue, et lourde. Claude Despiegeleer, échevin des Sports et jamais à court d’une "bonne" idée, propose sa solution au bourgmestre Jacques Van Gompel. Le Sporting, locataire des lieux, paierait lui-même la pelouse. Il ne doit pas lancer d’appel d’offres, cela raccourcira les délais. Au titre de compensation, la Ville achètera au club 7 500 places en tribune et les redistribuera "au mieux". Arithmétiquement, le calcul se tient. Mais le parquet y voit plus que de la malice. Pour lui, la manière d’agir était illégale et contournait le prescrit administratif, d’autant que les 7 500 places du Sporting auraient surtout été destinées à assurer une clientèle électorale à Jacques Van Gompel et à Claude Despiegeleer. Des poursuites ont donc été entamées contre les deux élus, mais aussi contre deux fonctionnaires communaux et contre Mogi Bayat, manager du Sporting, ainsi que contre le club de football, en tant que personne morale.

A l’audience, on avait eu droit à des thèses parfaitement antagonistes. Pour le parquet, il y avait bien eu des manœuvres frauduleuses, relevées à l’égard de chacun des prévenus, sans cependant s’attarder beaucoup sur le rôle qu’aurait pu jouer Mogi Bayat. Le Premier substitut Sanhaji avait estimé que les objectifs poursuivis relevaient du clientélisme politique. Et de réclamer un an de prison, tant contre l’ex-bourgmestre que contre les deux fonctionnaires poursuivis pour avoir élaboré la convention frauduleuse. Il n’avait guère insisté sur la peine à infliger à Claude Despiegeleer, invoquant par avance le principe de l’absorption dont l’ancien échevin pouvait bénéficier, en raison de l’unité d’intention qu’on pouvait relever à son propos au vu des autres dossiers dans lesquels il a comparu : la Carolorégienne, la chaudière de Carcassonne, et, depuis peu, le dossier de la "Ruche verrière". La défense, elle, avait plaidé l’acquittement de chacun des prévenus.

Si certaines préventions relatives à des faits de corruption sont abandonnées dans le jugement rendu hier, le tribunal est allé, pour ce qui concerne Jacques Van Gompel, au-delà des réquisitions du parquet. L’ex-bourgmestre est condamné à dix-huit mois de prison avec sursis de cinq ans et 5 500 euros d’amende avec sursis de trois ans. Mogi Bayat, à un an de prison avec sursis. Les deux fonctionnaires, à six mois de prison avec sursis. Le Sporting écope de 55 000 euros d’amende. L’absorption est retenue pour Despiegeleer. C’est le premier dossier dans lequel comparaissait Jacques Van Gompel. Le plus dur reste à venir. Il doit, dans plusieurs mois, comparaître dans le monumental "dossier Ville".