Belgique

Fermeté absolue. "S’il y a un négationniste (du génocide arménien, NdlR) au sein du CDH, il est dehors dans la seconde", avait déclaré Benoît Lutgen, le 22 mai, sur "La Première". Il aura fallu un peu plus d’une seconde pour que les instances du parti tranchent, mais la sentence est bel et bien tombée, vendredi, peu avant 16 h.

"Le Comité de déontologie, d’éthique et d’arbitrage du CDH a reçu ce vendredi 29 mai […] Mahinur Özdemir, députée régionale bruxelloise" , a indiqué la formation dans un communiqué. "Le Comité […] lui a demandé de réaffirmer qu’elle reconnaît sans équivoque le génocide arménien, conformément à ce qui est stipulé dans le code de déontologie (du) CDH (et qu’elle a signé, NdlR) . Mme Özdemir a refusé de reconnaître le génocide arménien […] Le Comité a donc pris acte qu’elle ne faisait plus partie du CDH et l’invite, dans la ligne de ses engagements, à remettre ses mandats de députée régionale et de conseillère communale." Implacable.

L’intéressée était dans l’œil du cyclone depuis la diffusion jeudi soir d’un reportage dans le journal télévisé de RTL-TVI, où elle refusait ostensiblement de s’exprimer sur la question du génocide arménien (environ 1,2 million d’Arméniens tués par les nationalistes turcs entre 1915 et 1916). Est-elle dès lors négationniste ? Le doute était permis. Dès ce moment-là, il y avait "un problème" Özdemir au CDH.

Une décision unanime

Le lendemain matin, la jeune femme était convoquée aux Deux Eglises, siège du parti, par le Comité de déontologie. "Il l’a vue et entendue longuement dans la matinée", raconte-t-on. Vendredi en début d’après-midi, "La Libre" a pu la joindre très brièvement par téléphone. Elle refusait d’en dire davantage et renvoyait à "la communication qui arrivera dans le courant de la journée". Son sort était en fait déjà scellé. La décision fut prise à l’unanimité des membres du Comité de déontologie, même si les téléphones ont chauffé entre ténors humanistes.

Ensuite, il a encore fallu quelques heures pour que l’information soit diffusée en interne et que le verdict soit rendu public.

La situation de Mahinur Özdemir était devenue "intenable", disent en substance plusieurs sources centristes. Dès son arrivée au parti en 2009, sa position était ambiguë sur le génocide arménien. Jusque-là, elle était passée entre les gouttes de pluie. Mais les célébrations du centenaire du génocide, il y a quelques semaines, ont remis la reconnaissance de ce crime contre l’humanité sur le devant de l’actualité.

Dans un communiqué diffusé en soirée, la députée d’origine turque a jugé son éviction "injustifiée" tout en se disant "sereine". Elle en a profité pour dire qu’elle condamnait "tous les massacres de l’histoire" et faire valoir que "toutes les nations font face à leur passé".

Rappelons qu’à ce jour, le gouvernement belge ne l’a toujours pas reconnu non plus, malgré une proposition de résolution adoptée au Sénat allant en ce sens… La justification des autorités belges est à trouver dans la volonté de garder de bonnes relations économiques et diplomatiques avec la Turquie.

La balle est dans le camp socialiste

Quoi qu’il en soit, par son geste, Benoît Lutgen met inévitablement la pression sur le PS. Bien sûr, au CDH, on jure qu’il ne faut pas voir dans cet épisode "un message au PS". "Il était question de nos valeurs, c’est tout. Ça aurait pu être n’importe qui d’autre, la décision aurait été la même." Il n’empêche, tous les regards se portent sur les socialistes. Pour l’instant, ils campent sur leurs positions. Il faut dire que, d’un point de vue strictement électoraliste, les cas Özdemir et Kir n’ont pas le même poids. Mme Özdemir a fait 3 000 voix lors des élections en 2014. Pas mal du tout. Mais très loin des 18 500 voix du populaire bourgmestre de Saint-Josse, également ancien secrétaire d’Etat bruxellois. En plus, le PS est le parti qui compte le plus de mandataires d’origine turque dans ses rangs. En cas de renvoi systématique des négationnistes, les conséquences pourraient être lourdes.