Belgique SUGGESTION

Souvenez-vous. Il y a quelques semaines, les employés de Swissport, la société en charge du traitement des bagages à l’aéroport de Bruxelles-National, étaient partis en grève pour protester contre le manque de personnel. Un mouvement de grogne qui avait engendré des retards et annulations de vols ainsi que de gros embarras dans la gestion des bagages, au grand dam de nombreux voyageurs et des compagnies aériennes. Une situation qui avait été largement dénoncée comme une prise d’otages des voyageurs.

"Cette grève a illustré la difficulté à mener un débat public sur la question de la grève sans recourir aux poncifs anti-syndicaux les plus éculés, commente Carlos Crespo, secrétaire général de l’ASBL ProJeuneS, qui fédère 11 organisations de jeunes socialistes et progressistes agréées par la Communauté française. La couverture médiatique s’est davantage portée, comme d’habitude oserais-je dire, sur les désagréments causés aux voyageurs que sur les causes de la colère des grévistes". Pour Carlos Crespo, "malheureusement, il y a une tendance à valoriser le citoyen-consommateur de biens plutôt que le citoyen-acteur d’un mouvement social qui revendique des droits légitimes".

"Un enjeu fondamental"

Voilà pourquoi ProJeuneS estime que "cela devient un enjeu fondamental qu’au niveau de l’école, les élèves puissent apprendre le pourquoi et le comment des luttes syndicales et des mouvements sociaux qui ont eu lieu au fil du temps car cela permet de comprendre pourquoi on a pu construire une Sécurité sociale qui garantit un certain niveau de vie ou encore pourquoi on a eu le droit de vote".

Dans le cadre du décret Mission, les compétences terminales et les savoirs requis en histoire requièrent l’examen de certains "moments clés" tels que l’Antiquité, le Moyen-Age, la Renaissance et le Temps des révolutions (révolutions démographique, agricole et industrielle ; révolutions libérales et nationales ; la société au XIXe siècle, etc.) "Il y a aujourd’hui les outils pour permettre aux professeurs d’histoire qui le veulent d’insister sur la question des luttes sociales et ce qu’elles ont amorcé comme changement sociétal, reconnaît le secrétaire général de l’ASBL. Mais nous aimerions que cela devienne récurrent et plus automatique afin qu’à terme plus aucun élève qui sort du secondaire n’ignore que, par exemple, la Sécurité sociale est le produit d’un processus mené par des luttes collectives successives".

"Dans l’idéal", ProJeuneS souhaiterait un nouveau cours dédié à cette thématique, mais "dans la pratique, on pourrait affiner les compétences terminales et les savoirs requis en histoire selon deux approches, détaille Carlos Crespo : soit dans l’histoire du XIXe siècle, en évoquant le contexte historique, social et économique de ces luttes, soit dans l’histoire du XXe siècle, où la société s’est construite autour du compromis social-démocrate après la Seconde Guerre qui a permis l’émergence et l’aboutissement de la Sécurité sociale". Des thématiques qui seraient abordées au 3e degré de l’enseignement secondaire, en 5e et 6e années.

A un an des élections, ProJeuneS souhaite ainsi "alimenter la réflexion des politiques". Cette proposition figurera d’ailleurs dans le mémorandum qu’ils remettront notamment aux différents groupes politiques.