Belgique

Le procès des quatre accusés de l’assassinat d’Ihsane Jarfi, qui s’ouvre ce lundi devant les assises de Liège, n’est pas le premier qui retient une circonstance aggravante d’homophobie. Le 28 mars 2014, la cour d’assises de Liège condamnait Raphaël Wargnies, 36 ans, à 25 ans de prison pour avoir assassiné à coups de marteau Jacques Kotnik, un sexagénaire qu’il ne connaissait pas dans le parc d’Avroy, lieu de rendez-vous homosexuels. "S’il n’avait pas été homosexuel, je ne l’aurais pas tué", avait déclaré l’accusé à l’audience. Pour la première fois, la motivation de haine à l’égard de l’orientation sexuelle était retenue comme circonstance aggravante dans un assassinat.

Motivé par la haine

Huit mois plus tard, la cour d’assises de Liège se retrouve donc avec un deuxième dossier particulièrement lourd : le meurtre du jeune Ihsane Jarfi, 32 ans, séquestré et tabassé à mort le 22 avril 2012 en sortant d’un bar gay à Liège (voir "La Libre" des 22 et 23 novembre). On avait retrouvé son corps dix jours plus tard, dénudé et portant de nombreuses traces de coups, la cage thoracique écrasée.

Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Eric Parmentier (ci-contre) sont suspectés d’avoir assassiné Ihsane Jarfi avec la circonstance aggravante d’homophobie.

A l’inverse de Raphaël Wargnies, qui reconnaissait "vouloir casser du pédé", les quatre hommes qui sont aujourd’hui sur le banc des accusés contestent avoir agressé Ihsane Jarfi parce qu’il était homosexuel.

La question de la motivation homophobe sera donc centrale dans ce procès. Depuis la loi anti-discrimination du 10 mai 2007, les associations de lutte contre les discriminations sont autorisées à se constituer partie civile dans le cadre des crimes de haine. L’asbl Arc-en-ciel, fédération wallonne des associations lesbiennes, gays, bi- et transsexuelles, sera donc représentée au procès des assassins du jeune Jarfi, comme elle l’était en mars dernier.

"Ce qu’on attend de ce procès, c’est de voir dans quelle mesure le délit de haine sera traité comme tel", indique Thierry Delaval, président d’Arc-en-ciel-Wallonie. "On peut s’attendre à ce que la défense conteste cet aspect-là des choses, mais le jury a une marge d’appréciation".

L’objectif, poursuit-il, est de comprendre exactement les motivations des accusés. "Ont-ils visé la personne ou une caractéristique intrinsèque qu’elle incarne - ici, l’homosexualité ? Pour le savoir, il faudra les pousser dans leurs derniers retranchements". Il insiste : "Ce n’est pas un privilège de relever de cette loi anti-discriminations !".


4 accusés sur le banc

Mutlu Kizilaslan (30 ans), de Grâce-Hollogne, décrit comme instable, introverti et violent, est connu pour incendie et vols avec violence. Il sera défendu par Mes Philippe Moureau et Dorothée Galopin.

Jérémy Wintgens (30 ans), impulsif et narcissique, se cache derrière une consommation d’alcool pour éviter d’expliquer son degré de participation aux faits. Il est connu de la justice pour avoir tiré sur un voisin avec une carabine et des faits de coups et blessures. Il sera défendu par Mes Jean-Louis Gilissen et Maxime Toller.

Jonathan Lekeu (25 ans), de Seraing, influençable, aurait adopté un comportement de suiveur. Il se serait glissé dans le sillage des trois autres accusés le soir des faits. Il sera défendu par Mes Jordan Lecuyer et Alexandrù Lazar.

Eric Parmentier (36 ans), de Flémalle, père de deux enfants, aurait joué un rôle décisif. C’est lui qui conduisait la voiture dans laquelle a été embarqué Ihsane Jarfi. Il est connu pour de nombreux faits et des incarcérations de longue durée. Il sera défendu par Mes Luc Balaes et Shirley Franck.