Belgique

La santé financière des hôpitaux de la région bruxelloise n'est décidément pas au beau fixe. Après les difficultés budgétaires rencontrées par les hôpitaux publics du réseau Iris (en particulier l'hôpital Brugmann), les déboires de la clinique Saint-Etienne et plus récemment ceux de l'hôpital français, c'est l'hôpital académique Erasme, monstre sacré sur l'échiquier hospitalier national et international, qui est pris dans la tourmente. "C'est la première année que nous arrivons à ce point-là" , confie-t-on à l'hôpital. "Alors que les autres années nous avions un budget à l'équilibre, l'exercice 2006 présente un déficit de 15 à 20 millions d'euros" . Plus précisément, de 22 millions, selon le syndicat Setca-Erasme (FGTB).

Que s'est-il donc passé ? Explications. L'hôpital Erasme est l'hôpital académique de l'université libre de Bruxelles (ULB). Il emploie 3 000 membres (2 900 sont salariés), dont 700 médecins et 1 400 infirmier(e) s et soignants. Il tire ses principaux apports financiers de deux enveloppes : le "Budget des moyens financiers" (BMF) (fédéral), soit 110 millions d'euros par an, dont 16 millions relèvent du volet B7 du BMF pour permettre aux hôpitaux universitaires de couvrir les coûts liés à leurs missions universitaires; et 115 à 120 millions d'euros par an d'honoraires médicaux. A cela s'ajoutent, selon nos informations, 50 millions d'euros de produits pharmaceutiques; 12 millions pour les forfaits convention Inami; 3 millions en suppléments de chambre et 25 à 30 millions de recettes autres. Or, Erasme a plongé dans le rouge. Pourquoi ? La Conférence des hôpitaux académiques de Belgique apporte une première réponse : "les hôpitaux universitaires sont confrontés à de nouvelles pathologies complexes ainsi qu'à de nouvelles technologies impliquant des investissements de plus en plus importants. A l'opposé, l'évolution du financement des hôpitaux est assez lente".

Hôpital "surstaffé" ?

A Erasme, plus particulièrement, "la gestion du personnel représente le plus gros des coûts, alors que la productivité n'est pas suffisante", analyse-t-on au sein de l'hôpital. "L'hôpital est surstaffé en personnel qualifié (médecins, infirmières,..)", témoigne un médecin. Le Setca-Erasme constate en effet qu'il y a réduction du personnel, depuis un an déjà : entre 140 et 150 personnes (licenciements, maladies,...). "Avec une recrudescence au cours des dernières semaines", précise Robert Fonteyn du Setca-Erasme.

Face à cette délicate situation budgétaire, "il y a une prise de conscience", déclare-t-on au sein de l'institution. Un audit a en effet été opéré pendant plusieurs semaines. Et des mesures concrètes ont été prises récemment : l'ULB a hypothéqué son site du Solbosch, "ce qui lui permet de tirer une ligne de crédit de 72 millions d'euros sur trois ans", explique le syndicaliste Setca-Erasme Daniel Deltour; et les "Fonds de promotion bénéficiant aux médecins salariés de l'hôpital ont été bloqués", révèle-t-on en interne. De plus, comme le service de chirurgie vasculaire a été fermé pour regrouper le personnel et le redistribuer ailleurs dans l'hôpital, "l'hôpital réfléchit à faire de même dans d'autres services", avance-t-on à Erasme.

Selon le Setca-Erasme, un calendrier des négociations sera établi à partir du 5 juin. "La restructuration est l'une des pistes qui sera posée sur la table des négociations" , détaille Robert Fonteyn. Pour rappel, une restructuration légale concerne au minimum 10 pc du personnel, soit 200 à 220 équivalents temps-plein pour Erasme. Mais Robert Fonteyn reste optimiste : "Je ne suis pas sûr qu'il faudra un plan social pur et dur" . D'autres mesures sont aussi envisagées : réduire le recours aux travailleurs intérimaires (107 ETP en 2007); rétablir l'écart entre lits physiques et lits justifiés (environ 300); optimaliser le service de facturation; revoir les crédits-temps,... "Nous tablons sur un retour à l'équilibre d'ici trois ans, en 2011" , affirme-t-on encore à Erasme.