Belgique

L'hyménoplastie est une opération chirurgicale qui reconstitue avec soin une "barrière" hyménéale à l'entrée du vagin afin de recréer une pseudo-virginité capable, la nuit des noces, de leurrer le plus futé des maris et de rendre son honneur perdu à la plus délurée des épousées." C'est en ces mots qu'avait décrit l'intervention en question, le Pr Armand Lequeux, de l'institut de la famille et de la sexualité à l'UCL, dans le cadre d'une "Opinion" parue il y a quelque temps dans nos colonnes.

En quoi consiste plus précisément cette intervention sur le plan médical ?

Au niveau technique, cela consiste à mettre à vif ce qu'il reste de l'hymen, et que l'on appelle les replis hyménéaux, et on les suture de façon à ce qu'il n'y ait plus moyen d'avoir une intromission sans une déchirure et un saignement. L'intervention, qui peut se faire sous anesthésie locale, ne dure guère plus d'un petit quart d'heure pour un médecin coutumier de ce type d'opération.

Cette intervention n'est cependant pas anodine sur le plan éthique ?

En effet, lorsque l'on aborde les valeurs en jeux, il y a matière à discussion. Une femme n'est en effet pas un objet marqué du cachet prouvant sa virginité. Cette conception nous paraît assez généralement insupportable dans notre manière de voir les choses. A titre général, la plupart des médecins belges trouvent en effet cela inacceptable, même si, à titre individuel, ils sont relativement nombreux à accepter de pratiquer cette intervention devant une souffrance individuelle. De peur que la patiente soit répudiée ou rejetée par sa famille si l'on n'accepte pas de réaliser l'hyménoplastie, de nombreux gynécologues belges acceptent même s'ils n'en sont pas fiers et qu'ils préféreraient que les mentalités évoluent. Certains médecins refusent néanmoins de pratiquer cet acte. C'est vraiment le problème d'un conflit de valeurs, entre une valeur générale et une valeur du bien particulier.

Ces interventions ne se font donc pas dans la clandestinité ?

Absolument pas, cela se fait au vu et au su de tout le monde, de surcroît avec un remboursement de la mutuelle.

Avez-vous le sentiment que le phénomène est en augmentation ?

J'espère qu'il ne l'est pas, mais nous ne disposons pas de données chiffrées à ce propos.

Les médecins prennent-ils le temps de parler avec la patiente avant l'intervention ?

Je l'espère. Mais ce n'est pas tant à la patiente qu'il conviendrait de parler qu'à la famille, même si je pense que c'est plus un voeu pieux qu'autre chose.

Quelles sont les jeunes femmes qui demandent cette intervention ? Il s'agit essentiellement de jeunes filles, âgées entre 17 et 20 ans pour la plupart, des communautés issues de l'immigration. Je n'ai personnellement jamais entendu qu'une telle demande avait émané de jeunes filles d'autres origines. Au contraire, paradoxalement, celles-ci demanderaient plutôt l'inverse. C'est-à-dire de l'aide pour ne plus avoir une virginité inconfortable et gênante lors d'un rapport sexuel qu'elles envisagent d'avoir. Quand on a 21 ou 22 ans, en Belgique, et que l'on est encore vierge, il peut en effet arriver que l'on ne se sente pas bien. Voire que l'on ait honte au point de venir chercher de l'aide chez un gynécologue. On voit donc très bien à quel point cette question est éminemment culturelle : à une patiente qui a honte d'être vierge peut succéder en consultation une autre qui est gênée de ne plus l'être.