L’impitoyable plafond de verre du monde académique

Alice Dive Publié le - Mis à jour le

Exclusif
Belgique

Malgré le fait qu’il y ait autant de filles que de garçons qui terminent leurs études dans nos universités, de nombreuses femmes n’accèdent pas au sommet des postes à pourvoir en leur sein [ ]. Si nous laissons simplement l’évolution suivre son cours, il nous faudra attendre septante années avant de voir autant de femmes que d’hommes devenir professeurs d’université. C’est beaucoup trop long, et c’est un gaspillage des talents féminins." Voilà ce que déclarait il y a quelques jours la ministre flamande de la Recherche scientifique, Ingrid Lieten (SP.A). En effet, selon des chiffres récents, aujourd’hui en Communauté flamande, seul un professeur d’université sur cinq est une femme. "Bien que l’évolution soit en cours, elle demeure insuffisante" , a ainsi martelé la ministre socialiste.

C’est donc précisément pour changer la donne que cette dernière, soutenue par son collègue de l’Enseignement Pascal Smet (SP.A), a demandé aux recteurs des universités de Louvain, Gand, Bruxelles, Anvers et de Hasselt de présenter d’ici début 2014 un plan d’action proposant des mesures concrètes permettant d’endiguer ces inégalités hommes-femmes au sein de leurs établissements.

Et du côté francophone, qu’en est-il ? Selon les chiffres qui nous sont parvenus, force est de constater que la situation n’est pas plus glorieuse en Communauté française. Ainsi, chez nous aussi, seul un professeur d’université sur cinq est une femme. Plus précisément encore, seul un professeur "ordinaire" sur dix est de sexe féminin. Pour info, le grade de "professeur ordinaire" constitue le troisième et ultime palier - du moins si l’on ne prend pas en compte les postes de doyen et de recteur - après les grades de "chargé de cours" et de "professeur". Dix pour cent de professeures ordinaires en Communauté française donc, un chiffre comparable à celui avancé à l’échelle nationale dont la proportion ne dépasse pas les 11 %. A titre de comparaison, la moyenne européenne s’élève à 19 %.

Le phénomène du pourcentage inversé

Un constat pour le moins interpellant, d’autant plus lorsque l’on sait que les jeunes filles sont à présent majoritaires parmi les étudiants et diplômés de l’enseignement supérieur. Leur pourcentage dépasse ainsi les 50 % dans tous les pays de l’Union européenne à l’exception de Chypre. En Belgique, il s’élève à 55 %, tandis que la proportion atteint les 54 % en Communauté française. Ainsi, plusieurs études vont dans le même sens pour affirmer que l’arrivée massive des jeunes filles à l’université ne se traduit pas par une hausse du pourcentage de femmes aux échelons les plus élevés de la carrière académique et dans les instances décisionnelles des universités. La féminisation du corps enseignant ne concerne donc malheureusement que les niveaux les plus bas de la carrière : l’assistanat et les autres statuts non définitifs du corps scientifique.

Ainsi, en Communauté française, "l’attribution observée dans la hiérarchie académique, en passant de 54 % d’étudiantes, à 50 % d’assistantes, à 32 % de chargées de cours, à 25 % de professeures et à 10 % de professeures ordinaires, s’aggrave au niveau des organes décisionnels et de la recherche FRNS où la dominance masculine est la règle au sein de tous les organes et de toutes les commissions [ ]" , établit une récente étude réalisée par le département d’économie appliquée de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et commandée par le ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS).

Une étude fondée sur une analyse des données chiffrées du Cref, le Conseil des recteurs des universités francophones de Belgique, et d’Eurostat visant notamment à proposer des politiques susceptibles de corriger les inégalités observées.

Les six unifs impliquées et invitées à agir

Promouvoir au sein de chaque université l’enseignement et la recherche autour de la question du genre; renforcer la représentation des femmes dans les instances décisionnelles par le biais d’une loi imposant la présence d’un tiers minimum de femmes au sein des conseils d’administration, à l’instar de ce qui se fait dans les entreprises cotées en Bourse; s’assurer d’une plus grande transparence dans les procédures de recrutement, de nomination et de promotion et ce, depuis l’annonce des candidatures jusqu’à celle du candidat retenu ; ou encore envisager au sein de chaque université la mise en place d’un organe en charge des questions de genre et qui serait notamment responsable de l’élaboration d’un plan d’action en faveur de l’égalité hommes-femmes au niveau des postes professoraux Autant de propositions qui ont été formulées par les auteurs de cette étude.

Dans les six universités de la Communauté française, on voit déjà émerger ici et là des comités et autres conseils de réflexion sur la question. Mais "tout reste à faire" , nous avoue-t-on dans les rangs des hautes sphères universitaires.

Les conclusions de cette étude sont à présent entre les mains du Cref et du Ciuf, le Conseil interuniversitaire de la Communauté française. Le ministre Marcourt attend de ces deux organes qu’ils rendent un avis sur la question "dans les meilleurs délais" . Et Jean-Claude Marcourt de rappeler que le gouvernement de la Communauté française a donné son accord, en décembre 2012, au déblocage de 150 000 euros afin d’engager trois personnes-ressources "genre" pour les trois Académies que compte la Communauté française.

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