Belgique Des gamins ont réussi là où les enquêteurs échouaient depuis trente-deux ans.

Jeudi matin, le procureur du Roi de Liège, Christian de Valkeneer, a indiqué qu’en mai dernier, deux boîtes en métal portant l’inscription gendarmerie avaient été découvertes dans le canal par trois jeunes, un peu en aval de Ronquières et non loin d’un pont.

Il s’agit de trois jeunes originaires du Payottenland (Brabant flamand), qui ont entre 18 et 20 ans et souhaitent que leur anonymat soit préservé. "En fait, nous avons très peur", expliquent-ils. Ce week-end, ils ont été bouleversés d’apprendre les révélations sur les tueurs du Brabant, et en particulier sur le Géant. "Quand on entend cela, on se dit qu’il doit y avoir toute une organisation. Qui sait si elle n’est pas toujours présente et si les tueurs ne sont pas toujours actifs ? SVP, ne donnez pas notre identité."

Tout a commencé de la façon la plus banale, par de la pêche à l’aimant magnétique. Avec du matériel d’amateurs, ces jeunes se sont installés dans le centre de Hal, sur la digue du canal Bruxelles-Charleroi, et ont remonté tout ce qu’ils pouvaient, comme des morceaux de mobylettes ou de vélos. Un jour, l’un d’eux a repêché une cartouche d’arme à feu, une arme de chasse. Rien à voir avec les tueries, mais… "On s’est dit que si nous pouvions remonter une cartouche, pourquoi ne pas essayer de trouver le reste des armes des tueurs du Brabant ? Après tout, Delhaize offre toujours une récompense de 250.000 euros à qui pourra élucider le dossier. Cela ferait bien notre affaire !"

Dès lors, le trio a utilisé un Zodiac et étendu son terrain de chasse (ou de pêche), dont ils refusent de communiquer l’endroit exact. "Mercredi, l’un de nous a accompagné les enquêteurs pour leur montrer ce que nous avions trouvé. "

Pourquoi à cet endroit et pas un autre ? "Simplement parce qu’on avait entendu qu’on avait trouvé les armes en aval du plan incliné de Ronquières, il y a des années. Cet endroit avait déjà été fouillé. Il fallait donc chercher un peu plus loin."

Et la pêche à l’aimant est devenue la pêche au gros. "On a commencé par ramener un revolver. Ça nous a encouragés à continuer. Et puis, chaque fois qu’on avait un peu de temps libre, on sortait le Zodiac et on repartait à la pêche. Souvent quatre à cinq heures par jour. Il nous est même arrivé de rester après minuit. On savait que ce n’était pas autorisé, qu’il fallait des autorisations spéciales. Mais on était tellement captivé. Et puis, c’était pour une bonne cause."

Le trio a progressivement amélioré sa technique. "On a investi dans un aimant magnétique plus puissant. Avec celui que nous avions au début, on ne pouvait remonter que 80 kg de métal. Avec le nouveau, on pouvait en monter 800 kg."

"Et puis... un riot-gun"

Vint le jour où les jeunes ont remonté un sac plastique. À l’intérieur, un riot-gun. Autre prise de poids : deux grands coffres métalliques. "Même s’ils dataient de nombreuses années et s’ils étaient complètement rouillés, on pouvait lire ‘gendarmerie’."

Les jeunes ont ramené leur butin à la maison. Le revolver a été rangé au garage, le reste dans un abri de jardin chez les parents de l’amie du plus jeune. Au total, plus de 1.000 cartouches de calibre 9 mm, les coffres de la gendarmerie, les pièces de riot-gun et encore d’autres objets. "J’avais lu que les objets rouillés, on pouvait les laver dans du Coca, dit l’aîné. Finalement, je ne l’ai pas fait. Et tant mieux : on nous a dit que cela aurait effacé les empreintes éventuelles."

Pour les jeunes , pas de doute, ils ont trouvé ce que les enquêteurs cherchaient depuis novembre 1985 : les restes du trésor de guerre des tueurs du Brabant.

Après les révélations du week-end dernier, ils ont décidé de contacter les enquêteurs via le numéro vert. "Nous avions attendu depuis l’été, car nous voulions d’abord tout sortir du canal. Car croyez-nous, ce n’est pas fini. Il y en a encore, et même beaucoup. "

Par la suite, les trois avaient encore remonté un morceau de Golf 2. "Sans doute un de leurs véhicules de fuite. On l’a déposé sur la berge. Mais le temps d’aller chercher une dépanneuse, le morceau était parti. Sans doute volé par des marchands de ferraille. Nous avons tout raconté aux enquêteurs. Ils étaient très intéressés. Nous, on a fait leur travail. Cela nous a pris des heures et des heures. Cela vaut bien que nous soyons récompensés, non ? Ce ne serait pas juste sinon, hein ?"

Pour info , on cherchait depuis 1985 deux riot-guns que les enquêteurs avaient surnommés RG 1 et RG 2, un pistolet-mitrailleur et un 7,65 mm en arme de poing. Cette arme a toujours été mystérieuse et peut détenir une partie de la solution, car c’est l’arme dont s’est tout le temps servi celui qu’on a appelé Tueur.

C’est avec cette arme que Tueur pratiquait ses tirs d’achèvement : des tirs très particuliers car derrière l’oreille (tirs dans la boîte crânienne, derrière l’oreille droite vers la gauche), encore appelés "tirs rétro-auriculaires".

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