Belgique

D'année en année, les prix Condorcet-Aron du Centre de recherche et d'études politiques prennent de la bouteille. Et deviennent incontournables dans le champ de la citoyenneté à défendre et à développer. Les institutions parlementaires ont compris l'enjeu: après celui de Namur, le parlement Wallonie-Bruxelles accueillait pour la deuxième année consécutive la soirée de remise des Prix du Centre cher à Hervé Broquet. Un brin de prestige n'était pas superfétatoire pour recevoir les lauréats internationaux, dans les salons de la présidence, puis dans l'hémicycle: Jacques Attali - que «La Libre» a pu interroger en exclusivité (lire par ailleurs) - récompensé pour son action globale en général et la promotion de la micro-finance, en particulier et Paul Rusesabagina, l'hôtelier des Mille Collines à Kigali qui sauva plus de 1.500 Rwandais pendant la guerre civile de 1994. Là où le président du parlement, Jean-François Istasse souligna la diversité des engagements d'Attali, sa collègue du Sénat, Anne-Marie Lizin mit l'accent sur le courage de celui que la MGM a transposé au grand écran dans «Hôtel Rwanda».

L'Afrique était particulièrement à l'honneur cette année avec la mise en valeur du travail de l'asbl «Nouvelle culture africaine» qui vise à faire connaître la Belgique aux Africains qui arrivent chez nous. Et ce en français et en lingala! Le prix de l'enseignement est allé lui à une initiative du Cepes (Jodoigne/Schaerbeek) de la Haute Ecole Lucia de Brouckère qui aide efficacement des jeunes non-voyants au Sénégal. Enfin, l'Afrique était encore indirectement concernée par la remise d'un prix à la Fondation hirondelle qui, à partir de Lausanne a aidé au lancement de sept radios au service de l'éducation et de la démocratie sur le continent noir.

Côté prix spéciaux, c'est non sans émotion que Xavier Mabille a rendu hommage à feu Jules Gérard-Libois, le fondateur du Crisp qui a donné à la science politique belge ses lettres de noblesse. Le livre est et reste aussi un outil d'éducation citoyenne: comme l'a expliqué Marc Lits (UCL), Will Eisner a fait oeuvre plus qu'utile en rappelant la véritable histoire du protocole des Sages de Sion; voilà pour le prix étranger. Pour la Belgique, un heureux récidiviste l'a décroché: déjà lauréat l'an dernier pour l'association «Résistances», Manu Abramowicz a été récompensé pour son guide contre l'extrême droite. Enfin, toujours en matière éditoriale, le Crep a eu la bonne idée de distinguer l'étude des politologues de la KUL sur les bureaux de parti et d'octroyer une bourse pour sa traduction. Heureux jumelage fraternel: c'est l'ULB qui s'en charge...

Le Prix belge Aron est allé aux «Minutes citoyennes», une co-entreprise de la dynamique télé communautaire du Brabant wallon, TV Com et de la province. Une série de mini-émissions, mises à l'écran, ce qui ne gâche rien, avec beaucoup de pédagogie et une pointe de charme, qui propose une initiation à la vie politique et citoyenne chez nous... Enfin, le Prix Condorcet a été attribué à Simon Gronowski, rescapé de la Shoah qui s'est donné comme objectif de consacrer l'automne de sa vie à la sensibilisation des esprits contre tous les génocides. Celui qu'il a vécu dans sa chair mais aussi tous ceux qui ont marqué l'histoire récente. Sa liberté d'esprit lui a valu d'être ostracisé par une partie de la communauté juive mais à en juger par le message fort qu'il a délivré, il est plus décidé que jamais à faire cette indispensable action de mémoire plurielle... Ce n'est pas par hasard si concluant la séance, Jacques Attali a souligné «l'insolence de l'optimisme démocratique» !

© La Libre Belgique 2006