Belgique Michaël Privot est un islamologue reconnu et un des meilleurs connaisseurs de l'islam en Belgique. Né à Verviers en 1974, converti à l'islam aux portes de la vingtaine, il a longtemps cheminé avec les Frères musulmans avant de s'en détacher. Il relate son expérience dans un livre intitulé "Quand j'étais Frère musulman". On y découvre son parcours et sa recherche d'un islam des lumières. Michaël Privot est l'Invité du samedi de LaLibre.be.


Comment qualifier l'influence des Frères en Belgique ?

Si on évoque leur influence politique, je retiens qu'à l’époque où j’y étais, jusqu’en 2012, il y avait une soixantaine de frères "canal historique" en Belgique. Si on compte 760 000 musulmans dans le pays, vous reconnaîtrez que 60 ce n'est rien, même s'ils sont actifs dans la société. Si je dois compter leurs mosquées, j'en compte quatre. Une à Verviers, une à Liège, une à Bruxelles et une à Gand. Par contre, si on envisage la matrice, cela commence à faire du monde. Mais entre eux, il n'y a pas vraiment de liens, chaque groupe travaille en silo, pour son compte. Si on considère la matrice, on peut donc dire que l'influence est large, mais que ce n’est pas l'influence des personnes, plutôt de leurs idées.

En Belgique, sont-ils en concurrence avec d’autres mouvements ?

Aujourd'hui, pour les Frères, l’ennemi numéro un ce sont les salafistes qui leur taillent des croupières et qu’ils considèrent comme détruisant ce qu’ils essayent de faire en matière de citoyenneté responsable. Entre eux, existe donc un combat en termes d’idéologie et de vision de la société. D’un côté, on retrouve les salafistes qui sont sur une position de retrait de la société, et de l’autre on découvre les Frères qui disent qu'il faut être dans la société et agir pour la changer tout en restant tel que l'on est. En terme de théologie, par contre, les Frères ont été massivement influencés par la pensée salafiste (voir la vidéo ci-dessus).

La pensée théologique des Frères peut-elle offrir un terreau favorable au djihad violent ?

Ma position était de dire non, car les Frères ont très vite renié des penseurs du djihad violent tels que Sayyid Qutb, un ancien Frère qui a théorisé le djihad armé avec le takfirisme. Pour autant, un professeur qui a lu mon livre m'a mis sous les yeux des épîtres de Hassan El-Banna qui évoquaient le djihad comme sixième pilier de l’islam. Je relativiserais donc ma réponse, même si je me demande toujours quelle est la réelle influence des épîtres de El-Banna sur les Frères au quotidien.

Vous avez formalisé votre départ des Frères en 2012. Vous évoquez dans votre livre de multiples raisons. Une des plus importantes semble être l'absence d'esprit critique notamment au regard de la théologie au sein de la Confrérie.


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