L'Onu sous influence francophone ?

J.-C.M. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Ce sera toujours la faute des autres. Au lendemain de la mise en cause par le Comité des Nations unies pour l'élimination des discriminations raciales du désormais célèbre "Wooncode" ("La Libre" du 12/3), les marques d'indignation n'ont pas manqué au nord du pays.

Le ministre flamand du Logement, Marino Keulen (VLD), fut le premier à s'exprimer. "On me marche sur les pieds . Puis-je rappeler qu'aussi bien la Cour constitutionnelle que le Conseil d'Etat ont estimé que le "Wooncode" ne lésait les droits fondamentaux de personne ? Que du contraire, nous voulons que les personnes puissent mieux fonctionner en Flandre." Et le ministre de rappeler que les candidats locataires doivent seulement, pour accéder à un logement social en Flandre, s'engager à faire des efforts pour apprendre le néerlandais et pas prouver qu'ils le connaissent. " Il n'y a pas d'examen, pas d'obligation de résultat mais seulement une obligation de faire des efforts ", a-t-il argumenté.

Marino Keulen a surtout regretté que les experts internationaux - et indépendants - des Nations unies n'aient pas pris la peine de contacter son cabinet pour demander des explications sur le dispositif. " S'ils l'avaient fait, ils sauraient qu'il s'agit seulement d'une mesure sociale pour améliorer la qualité de vie dans les quartiers de logements sociaux ", a-t-il précisé à la VRT.

Et c'est une remarque qui a été souvent formulée ce mercredi dans les cénacles politiques flamands. Interrogé par l'agence Belga, le député Michel Doomst (CD&V) a déploré le fait que "la Flandre est une nouvelle fois accusée d'agir de manière raciste et discriminatoire, sans qu'on tienne compte de la situation" .

Pas de point de vue unilatéral

Même son de cloche au Parlement flamand qui est longuement revenu, mercredi, sur le rapport critique des Nations unies. Sous le feu des questions, Marino Keulen et le ministre-président flamand, Kris Peeters (CD&V), ont affirmé qu'ils répondraient rapidement aux objections du Comité pour l'élimination des discriminations et ont annoncé leur intention d'organiser une campagne pour recadrer l'image de la Flandre à l'étranger.

Dans l'hémicycle, c'est l'incompréhension qui régnait. De nombreux députés flamands accusaient, une nouvelle fois, les organisations internationales de glaner leurs informations dans la seule presse francophone.

Certains médias néerlandophones allaient plus loin encore. Le "Standaard" affirmait hier après-midi sur son site Internet que les experts des Nations unies ne s'étaient basés que sur une note rédigée par la Ligue francophone des droits de l'homme. Accréditant ainsi la thèse d'une influence francophone directe sur les membres du Comité onusien contre les discriminations.

La réalité est cependant nettement plus complexe et infiniment moins manichéenne. Les experts du Comité sont chargés d'évaluer la manière dont chaque pays de l'Onu se conforme à la Convention pour l'élimination de toutes les formes de discriminations. Ils disposent de deux documents : une note émanant des autorités publiques du pays concerné et une autre d'une ONG active dans le domaine des droits de l'homme. Pour la Belgique, il y avait la note du ministère des Affaires étrangères préparée en collaboration avec les administrations régionales et celle de la Ligue francophone des droits de l'homme. Le document officiel ne faisait pas mention du "Wooncode" qui, il est vrai, est entré en vigueur tout récemment. En revanche, celui de la Ligue en parlait brièvement. Il n'est donc exclu que les experts internationaux des Nations unies aient pu être inspirés par le texte de la Ligue francophone des droits de l'homme. Mais il serait erroné d'y voir là un point de vue unilatéral. La Ligue francophone n'a fait que reproduire la position de son homologue flamande qui, non contente de regretter le "Wooncode", l'a attaqué en juillet dernier devant la Cour constitutionnelle. Pas de grand complot francophone donc. et V.R.

J.-C.M.

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