Belgique

entretien

A titre personnel, Anne-Marie Lizin n'a pas à rougir de sa prestation électorale. Nantie de 148 927 voix, la tête de liste PS au Sénat a fait nettement moins bien que Louis Michel (232328 voix), mais davantage qu'Armand De Decker, tête de liste MR (145 198 voix). Elle ne voit pas son parti forcément dans l'opposition.

Le PS a été sévèrement puni...

La situation est paradoxale. Personnellement, j'ai réalisé mon meilleur score à Liège depuis longtemps. D'autre part, les voix qui ont été perdues à Liège sont allées à Ecolo et pas vers la droite. C'est ce qui pouvait nous arriver de mieux. Les prochaines élections peuvent être meilleures pour nous. J'espère évidemment que le problème de Charleroi sera réglé entre-temps.

Le problème, c'était donc Charleroi ?

Cela dépend des régions. A Liège, l'effet des affaires a été plus limité. Mais cela a été très clair à Bruxelles, dans la province de Namur et dans le Hainaut. Parmi les reproches qui nous étaient adressés, il y a aussi eu l'intransigeance à propos de la loi sur les armes, qui a touché des milliers de gens proches de nous. Il y a eu un vote de protestation pour faire changer nos comportements.

La mise sous tutelle des instances socialistes de Charleroi n'arrive-t-elle pas trop tard ?

Condamner les gens avant que la justice ne fasse son travail, c'était objectivement injuste. Et donc, ce n'était pas faisable avant les élections. Le président Elio Di Rupo a d'ailleurs dit lundi qu'il commettait une injustice, mais qu'il le faisait dans l'intérêt global du parti.

L'intérêt du parti, ce n'est pas aussi aller dans l'opposition ?

C'est une des possibilités. Mais je resterai prudente. Vous savez bien qu'en Belgique, les élections se jouent en deux temps : il y a le scrutin et l'après-scrutin. On entre seulement dans la seconde phase. Et comme toujours, l'arithmétique se révèle compliquée. On constate que le prochain gouvernement sera forcément un mélange de gagnants et de non gagnants.

La situation ne s'est-elle pas clarifiée dès l'instant où le SP.A a déclaré ne pas vouloir être dans la majorité ?

Il ne faut pas faire une lecture trop simpliste de la Flandre. Il y a des logiques régionales à l'oeuvre, que nous ne percevons peut-être pas bien de ce côté-ci de la frontière linguistique. Le SP.A fait partie du gouvernement flamand et je ne l'ai pas entendu dire qu'il quittait le gouvernement flamand.

Certains disent qu'une cure d'opposition permettrait au PS de préparer le scrutin de 2009...

Nous avons tendance à ne pas trop nous fier aux bons conseils venant de l'extérieur.

Ce conseil est aussi exprimé à l'intérieur du PS...

Je l'ai dit, l'opposition est une possibilité. Mais ce n'est pas la seule. C'est fou le nombre de calculs que les résultats permettent. Cela dépendra de beaucoup de choses, et notamment de la volonté de réunir 2/3 des voix au Parlement.

Deux tiers des voix, cela exige de faire revenir le SP.A sur sa décision...

Si vous voulez mon avis, c'est le point sur lequel on travaille en Flandre.

Estimez-vous que les résultats doivent conduire la direction du PS à accorder plus de poids à la fédération liégeoise ?

Si, dans le parti, vous cherchez des personnalités qui ont gagné, c'est à Liège que vous les trouverez. Regardez les voix de préférence dans la province. En 1°, vous avez Reynders, en 2° Michel Daerden, en 3° moi-même, en 4° Louis Michel et en 5° Guy Coëme. Dans le "top five", il y a donc trois socialistes et deux libéraux - dont un qui n'est pas liégeois. C'est clair : les Liégeois comptent au PS. Sans doute avons-nous une façon particulière de faire de la politique. Moi, je ne fais pas de la politique de la même façon. J'essaie de parler au plus grand nombre. Il n'y a pas qu'un réflexe d'appareil. Cela doit être pris en considération.

Le PS doit-il repenser sa stratégie ?

Il manque, pour l'heure, un grand projet à la social-démocratie. Mais ce n'est pas propre à la Wallonie. Cela concerne toute l'Europe. On ne peut plus nier l'évolution de l'individualisme dans nos sociétés européennes, riches et vieillissantes. On ne peut plus seulement répondre de façon collective aux gens. J'attends le moment où on pourra faire cette analyse. Evidemment, on n'allait pas parler de cela au bureau du parti juste au lendemain des élections. Mais j'espère que cela ne va pas traîner. Mon rêve, c'est un vrai séminaire, qui n'implique pas que des analystes, mais aussi des décideurs.

C'est possible de faire cela dans la majorité ?

Je ne sais pas. J'espère.