L’université Saint-Louis esseulée sur le financement de la recherche

Dive Alice Publié le - Mis à jour le

Belgique

Un point. Il reste un point sur lequel une et une seule université ne transige pas : la date d’entrée en vigueur des nouvelles clefs de répartition de deux fonds qui sont aujourd’hui remis en jeu. Pour le reste, il semblerait que les recteurs des six universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles soient enfin parvenus à trouver un terrain d’entente. De quoi parle-t-on ? De l’avant-projet de décret du ministre de la Recherche scientifique, Jean-Marc Nollet (Ecolo), relatif au financement de la recherche au sein des universités.

Souvenez-vous. Il y a tout juste un mois (voir LLB du 4/09), nous vous révélions l’intention du ministre écologiste de réviser en profondeur le mode de répartition de deux types de subsides jugés "cruciaux dans le domaine", à savoir les fonds spéciaux de la recherche (FSR) et les actions de recherche concertées (ARC). Et ce, précisément pour des raisons d’anticipation et de concordance vis-à-vis du futur et nouveau paysage universitaire en Fédération Wallonie-Bruxelles (les trois Académies étant vouées à disparaître au profit d’une Académie unique (Ares), les deux fonds ne seront forcément plus versés à ces dernières mais bien directement aux universités elles-mêmes).

Pour rappel, les FSR "sont destinés à des dépenses de recherche, quelles que soient la nature, la forme et la dimension de l’objet du financement", t andis que les ARC "servent à financer des projets devant répondre à certaines normes de nature et de dimension […]". Deux fonds qui, respectivement, correspondent à un montant annuel d’environ 15 millions d’euros.

Un affrontement entre petites et grandes

Face à cette enveloppe désespérément fermée, toute la question pour les universités était donc de savoir comment se répartir entre elles les parts du précieux gâteau. C’est ainsi qu’un affrontement "de bonne guerre", mais un affrontement tout de même, s’était dessiné entre d’un côté les unifs dites "complètes" de la Fédération (celles qui sont habilitées à organiser à la fois les 1er et 2e cycles), à savoir l’UCL, l’ULB et l’ULg ; et de l’autre les unifs dites "incomplètes" parce qu’essentiellement focalisées sur les baccalauréats, à savoir l’UMons, l’UNamur et l’université Saint-Louis.

Explications. Idéalement, les universités incomplètes auraient souhaité que la nouvelle clef de répartition des FSR et des ARC soit calculée exclusivement sur la base du nombre total de diplômés et ce les trois cycles confondus (bac, master, doctorat), histoire de tenir compte avant tout des "potentialités" de l’institution universitaire en matière de recherche.

Idéalement, les universités complètes, elles, auraient souhaité qu’un maximum d’outputs de recherche (nombre de doctorats délivrés, nombre de post-doctorats temporaires hors cadre, financements internationaux, nombre de publications, nombre de citations) soient pris en compte et ce le plus tôt possible, histoire de mettre davantage l’accent sur la "productivité" et les "résultats" de l’institution universitaire en matière de recherche. Potentialités pour les uns, production effective pour les autres… Face à ce sempiternel débat, il fallait trouver une solution de compromis.

Se tailler la plus belle part du gâteau

Ainsi sur les FSR, ce sont finalement l’UCL, l’ULB et l’ULg qui concéderont en acceptant la clef de répartition telle que préconisée par les unifs incomplètes.

Sur les ARC, l’UMons, l’UNamur et l’université Saint-Louis accepteront le principe consistant à prendre en compte leur propre clef de répartition mais pour partie uniquement avec, au fil des années, une montée progressive des outputs de recherche tant défendus par les unifs complètes. Une sorte de phasage dans le temps donc permettant aux petites universités de s’adapter en douceur.

Le précieux accord enfin engrangé, les universités s’en allaient ainsi informer le ministre de tutelle. Mais c’était compter sans un dernier point de dissension apparu en toute fin de négociations : la date d’entrée en vigueur de ces deux nouvelles clefs de répartition. Tandis que cinq universités sur les six approuvaient l’idée selon laquelle il fallait à tout prix éviter que le passage de l’ancienne à la nouvelle clef se fasse de façon trop brutale en proposant ainsi une sorte de "phasage financier" établi sur trois années, l’université Saint-Louis de Bruxelles, par la voix de son nouveau recteur, y a manifesté une ferme opposition, réclamant pour sa part une entrée en vigueur du mécanisme en "one shot".

"L’argent, tout de suite !"

Réactions dans les autres camps. "L’intérêt de ce phasage, c’est vraiment d’éviter que certaines unifs perdent ou gagnent trop d’un coup. Sans cela, nous pourrions être forcés d’interrompre certains de nos programmes de recherche en cours", avertit un recteur. "Saint-Louis veut son argent tout de suite ! Je déplore cette situation. L’impatience du recteur de cette université handicape les autres unifs", lâche un autre.

"Je plaide pour une transition souple et pour une solidarité entre les institutions universitaires. Quand je vois l’effort que nous avons fourni pour parvenir à une proposition très concertée, je ne comprends pas que le politique n’ait pas plus l’envie de prendre cette solution dans son entièreté. Cela me dépasse !", confie un troisième recteur. Allusion directe au fait que le ministre Nollet aurait soumis au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et ce à deux reprises, "un texte qui ne reflétait pas à 100 % l’accord des recteurs. Une aberration !" s’insurge une source proche du dossier.

Dans les rangs du cabinet ministériel, on reste très prudent en (ré)affirmant "qu’il n’y a jamais eu d’intention dans le chef d’Ecolo d’avantager une université plutôt qu’une autre". En aucun cas à l’ordre du jour du gouvernement de ce jeudi, informe le cabinet, "le texte doit encore être retravaillé". Pour ce faire, des intercabinets sur le dossier sont prévus ce jeudi.

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