Belgique

La nostalgie orangiste n'est plus ce qu'elle était. Dans les rangs nationalistes flamands, toutes tendances confondues, le rêve d'une Grande-Néerlande, de Pays-Bas réunis voire, horresco referens pour cause d'apparentement avec le temps de la collaboration, d'un "Dietsland" qui réunirait les néerlandophones de part et d'autre du Moerdijk hante encore le sommeil d'un certain nombre de militants. Par contre, dans les partis traditionnels, l'on ne trouve plus guère d'orangistes affirmés. Seule exception notable : Louis Tobback qui rappelle périodiquement que la scission des Pays-Bas du Nord et du Sud fut une erreur, voici 178 ans... Un raisonnement plutôt intellectuel dans son chef : si les Pays-Bas du Nord et du Sud étaient restés unis, nous serions une puissance politique et économique qui pourrait faire la nique aux grands. Son raisonnement a toujours eu aussi un petit fumet anticatholique : l'influence protestante eût été plus grande et par extension, la libre-pensée n'aurait pas dû attendre les années 1980 pour être vraiment reconnue...

De quoi proposer une rencontre sur la frontière septentrionale, là où le Nord et le Sud s'enclavent mutuellement à Baarle-Hertog et Baarle-Nassau entre le leader populiste néerlandais et les forces vives flamandes pour jeter les bases d'une nouvelle Union ? Certainement pas, puisque seul le Vlaams Belang a mis la question à son agenda d'après-demain : auparavant, il faudra créer une Flandre indépendante et avoir quitté les francophones.

Coopération culturelle

On en est donc encore très, très loin mais cela n'empêche pas les néerlandophones d'ici et de là-bas de collaborer très étroitement sur le plan culturel. La Flandre attache une très grande importance au traité culturel conclu en 1995 et qui remplace le traité belgo-néerlandais de 1946. De même, la Taalunie signée en 1980 est un symbole de la proximité entre "la Communauté flamande du royaume de Belgique et le royaume des Pays-Bas".

De quoi nourrir des échanges officiels, mais sur le terrain quotidien aussi des initiatives permettent de plus réels rapprochements. Que l'on songe à "Ons Erfdeel" (1), cette association lancée par Jozef Deleu et pilotée aujourd'hui par Luc Devoldere qui entend diffuser la culture néerlandaise au sens large "urbi et orbi" et dont la revue éponyme mais aussi les publications diverses constituent une belle ouverture sur le monde. Dans la même catégorie, on classera le centre culturel DeBuren (2) installé, ironie de l'Histoire, à un jet de partition du Théâtre de la Monnaie où un certain "Amour sacré de la patrie" fut le début de la fin du roi Guillaume des Pays-Bas.

On trouve de part et d'autre une ouverture qui dépasse et de loin les 22 millions de néerlandophones. Et aux antipodes de tout repli sur soi. Au contraire même. C'est par exemple chez DeBuren que fut présenté un récent ouvrage commun de Flamands croyant encore à la Belgique et qu'eut lieu un des débats les plus intéressants sur "Bye Bye Belgium"...