Belgique

Pas assez d’abri, aucun plan majeur d’évacuation de la population, des pilules d’iode en insuffisance,… La Belgique "n’est clairement pas préparée" à une catastrophe nucléaire majeure, comme celle de Fukushima au Japon. Le constat provient du français David Boilley, président de l’ACRO, l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité de l’Ouest, qui est venu présenter, ce mercredi, un rapport inquiétant devant plusieurs parlementaires belges.

Le constat est alarmant. "Il n’y a qu’un abri autour de la centrale de Doel, quatre autour de celle de Tihange,… C’est largement insuffisant", explique M. Boilley. D’après le spécialiste, le plan d’urgence nucléaire belge, qui date de 2003, est complètement dépassé. "Presque quatre ans après la catastrophe de Fukushima, l’idée de base des autorités demeure qu’une catastrophe nucléaire de grande ampleur en Belgique, ou près de ses frontières est impossible, développe M. Boilley. Or Fukushima a prouvé que l’accident le plus grave peut avoir lieu dans n’importe quelle centrale nucléaire au monde".

En cas d’accident d’ampleur, la situation serait encore plus dramatique dans notre pays à cause d’un facteur : la concentration de la population autour des sites nucléaires. La Belgique compte ainsi 20 grands réacteurs nucléaires commerciaux sur son territoire ou à ses frontières (Borssele aux Pays-Bas, Graveline, Chooz et Cattenom en France,…). "Doel (NdlR : près d’Anvers) est la centrale nucléaire européenne autour de laquelle il y a le plus de riverains. On y dénombre 1,5 million d’habitants dans un rayon de 30km, plus de 9 millions dans un rayon de 75km. Tihange occupe la cinquième place dans ce domaine."

"Négligence coupable du gouvernement"

Or le chercheur français rappelle que des villages entiers ont été évacués au Japon, "suite à la contamination élevée du sol", alors qu’ils se situaient à quelque 50km de la centrale de Fukushima. "A titre de comparaison, Tchernobyl comptait 135 000 habitants dans un périmètre de 30km avant la catastrophe, tandis que Fukushima en dénombrait 172 000. Comment voulez-vous évacuer 1,5 million d’habitants en quelques heures ? Ce n’est pas possible", estime M. Boilley.

La Belgique n’a en tout cas jamais prévu ce scénario. "L’évacuation des villes proches des centrales, comme Anvers, Liège ou Namur, n’a jamais été prise en compte", explique le rapport.

Autre grosse défaillance belge : son manque de pilules d’iode, dont l’ingestion peut sauver des vies dans les premières heures d’une catastrophe. "Tchernobyl a engendré plus de 5 000 cancers de la glande thyroïde chez des personnes, souvent jeunes, exposées au nuage radioactif" poursuit le spécialiste. Or l’ingestion d’iode stable, permet de protéger la glande thyroïde, à condition que l’iode soit avalé six heures avant l’aspiration du nuage radioactif". D’où l’importance de disposer de stocks de ce type de pilules dans les villes entourant ces centrales. En Belgique, il existe une "mise à disposition préventive" d’iode pour les ménages et les collectivités (écoles, entreprises,…) dans une zone de 20km autour des centrales nucléaires. Ce stock devrait être accessible à toute la population belge, comme cela se fait au Grand -Duché de Luxembourg, estime M. Boilley.

Selon Greenpeace, il n’y a qu’une seule solution, radicale, pour limiter le risque de catastrophe grave dans notre pays. D’après l’organisation environnementale, il faut fermer définitivement les réacteurs dont les cuves ont été récemment touchées par des micro-fissures et ne pas prolonger indéfiniment la durée de vie des autres. "Le gouvernement belge prendra-t-il ses responsabilités pour protéger les citoyens ? Pour le moment, il semble vouloir prendre le risque et ignore les leçons de Fukushima et de Tchernobyl. Cela s’appelle de la négligence coupable", conclut Greenpeace.