Belgique

Août 2003. Pendant quinze jours, l'Europe suffoque sous la canicule. Les thermomètres menacent de faire tomber les records de températures. En France, c'est l'hécatombe. Les morts se comptent par milliers, surtout parmi les vieilles personnes. Les services d'urgence des hôpitaux sont débordés, étalant au grand jour les lacunes du dispositif sanitaire français. Le ministre de la Santé, Jean-François Mattéi, est accusé de minimiser le drame. Jean-Pierre Raffarin est critiqué pour son manque de compassion.

Au même moment, en Belgique, aucun signe alarmant ne se manifeste. La population belge prend son mal en patience: elle attend sagement le retour d'un peu de fraîcheur. Dans les hôpitaux, la situation semble calme. Dans les maisons de repos aussi.

Le nouveau ministre de la Santé publique Rudy Demotte (PS) n'en reste pas moins vigilant. A la mi-août, il fait réaliser par ses services un coup de sonde auprès de 55 hôpitaux - sur les 149 que compte le pays. Les résultats sont rassurants. Lors des 15 premiers jours du mois d'août, le nombre d'admissions dans les hôpitaux et de décès seraient même légèrement inférieurs à ce qui a été observé en 2002 à la même période. Le 19 septembre, le ministre fédéral confirme le diagnostic. Sur la base des données du Registre national, affirme-il, « rien n'indique une hausse du nombre de décès par rapport aux années antérieures pour la même période ». Mais il maintient les réserves d'usage. « Ces premiers chiffres, dit-il encore, doivent être considérés avec prudence, car les données transmises par les administrations n'ont pas toutes été enregistrées

Rudy Demotte a bien fait de se montrer prudent. Car des études plus affinées sur le point de se conclure révèlent que la canicule du mois d'août 2003 a bel et bien eu des conséquences sur la mortalité des Belges.

Excès de mortalité

L'office de santé publique de la Communauté flamande vient de boucler une étude comparant la mortalité durant les 13 premiers jours du mois d'août - où la température a dépassé les 30 ° C - et la mortalité enregistrée durant la même période entre 1998 et 2002. Il en ressort que, lors de ces deux semaines d'août, on a recensé 99 décès de plus par rapport à la moyenne, ce qui représente un excès de mortalité de 5,4pc. Les fortes chaleurs, mais aussi les fortes concentrations en ozone en sont les causes principales.

Chiffres crédibles? Oui. Le service de santé de la Communauté française, qui finalise une étude similaire, devrait arriver à la même conclusion. A savoir qu'une mortalité supérieure d'environ 5pc par rapport à la moyenne aurait été enregistrée au cours des deux premières semaines d'août 2003. Dans le sud du pays, une cinquantaine de personnes seraient décédées directement à cause de la chaleur. Une cinquantaine d'autres, en mauvaise santé, aurait vu leur mort précipitée de quelques jours. Sans surprise, ce sont les vieilles personnes qui ont payé le plus lourd tribut.

Pour impressionnants qu'ils soient, ces chiffres doivent cependant être relativisés. Ils sont en effet largement inférieurs à ceux qui avaient été enregistrés lors de la canicule de 1994 - moins forte mais plus longue. A l'époque, l'excès de mortalité avait été de 11 à 12pc par rapport à la moyenne. À l'évidence, des leçons ont été tirées. Mais on peut sans doute toujours mieux faire.

© La Libre Belgique 2004