Belgique

Une gestion particulière à la société de logements sociaux «La Carolorégienne»? Le rapport du «second suivi d'audit», élaboré par la Société wallonne du logement et arrivé sur le bureau du conseiller MR de Charleroi Olivier Chastel, pose en quatre-vingts pages nombre de questions sur ce mastodonte social qui gère un parc de pas moins de 2770 logements.

La société est présidée par un échevin, André Liesse (PS), et elle a pour administrateur-délégué un second échevin, Claude Despiegeleer (PS). Son directeur-gérant, naguère consultant extérieur, a été engagé en raison de l'excellence de son travail.

La gestion est le fait d'un comité de gestion et d'un comité de gérance, deux pouvoirs que ne prévoient nullement ses statuts, ce qui amène la SWL à s'interroger sur leur légalité. D'autant, note Olivier Chastel, par ailleurs député fédéral, qu'ils sont uniquement composés de représentants du PS et qu'ils court-circuitent un conseil d'administration qui est, lui, pluraliste.

Un exemple? Il n'a pas été informé des conditions de départ du responsable technique, qui a bénéficié l'an dernier d'une indemnité de 450000 euros. De même, un ancien employé, qui officie depuis à la Régie communale autonome, émarge toujours au pay-roll de la société à raison de 4000 euros mensuels.

Carnet de chèques

La gestion financière laisse apparaître qu'aucun décompte personnalisé de charges n'est établi pour les locataires: on ne leur rembourse pas le trop versé éventuel, en justifiant cette pratique par le principe de solidarité, «ce qui n'est pas permis par la réglementation locative», souligne le rapport.

Les frais de fonctionnement font également l'objet de remarques. Ainsi des frais et consommations, supérieurs de plus du double de la moyenne dans ce secteur, ou des frais de représentation: ceux qu'expose l'administrateur-délégué, via un carnet de chèques, le sont sans aucune pièce justificative.

Le comité de gestion, qui s'est réuni à sept reprises, a perçu douze jetons de présence mensuels de 471 euros, un montant augmenté par ceux qui en bénéficient, sans aucun recours à l'assemblée générale.

La gestion des chantiers n'est pas non plus exempte de reproches: ils ont beaucoup de mal à se finaliser dans les délais initiaux, en raison d'un manque de suivi. Les délais initiaux sont ainsi, en moyenne, dépassés de 54pc, souligne ce rapport.

Quant à la manière dont certaines entreprises sont choisies, la SWL note, non sans humour, que «la gestion technique semble toujours très peu encline à respecter la législation sur les marchés publics» : fournisseurs récurrents sans mise en concurrence, commandes fractionnées pour les éviter, absence de contrôle systématique des travaux et fournitures établies dans les devis et facturées.

Et maintenant?

Cela dit, le «rapport de second suivi d'audit» conclut que des améliorations ont été constatées depuis l'audit initial de 2002.

Ce document, qui a été transmis voici quelques jours aux responsables de «La Carolorégienne», sera-t-il suivi d'effets? Sur le plan politique, le MR entend interroger la majorité en place, lors d'un prochain conseil communal, tout comme au sein du conseil d'administration de la société.

Reste à savoir comment la SWL pourrait, elle, réagir, si ses constats devaient ne pas être suivis d'effets.

© La Libre Belgique 2005