Belgique Laurence Schram a travaillé depuis plus de vingt ans sur le "Drancy belge".

C’est une contribution essentielle à l’histoire de la Shoah en Belgique ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’existait pas encore d’ouvrage retraçant l’histoire de la caserne Dossin de Malines d’où partirent de 1942 à 1944, 25 273 Juifs et 354 Tsiganes pour le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. La lacune a été comblée de façon magistrale par Laurence Schram qui nous livre le fruit de plus de vingt ans de recherches qui ont notamment débouché sur une thèse de doctorat à l’ULB. L’endroit n’a plus aucun secret pour l’historienne. Elle participa à la création du Musée juif de la Déportation et de la Résistance en 1995 avant de rejoindre le centre de documentation de Kazerne Dossin, le musée en face de la caserne construite sous la période autrichienne.

Disciple de Maxime Steinberg

Laurence Schram est d’autant plus "the right woman at the right place" qu’elle fut une proche collaboratrice de Maxime Steinberg qui fut à la base des travaux de recherche sur la Solution finale dans notre pays. Pour rappel, il apporta toute son expertise de chercheur au procès de Kiel qui jugea les responsables allemands de la persécution des Juifs belges, tout en ayant réalisé lui aussi un doctorat sur la question.

La disciple a désormais égalé le maître puisque Laurence Schram a approfondi l’histoire du camp de rassemblement qui fut forcément un rouage essentiel de la Shoah chez nous, à l’instar de Drancy (France) ou de Westerbork (Pays-Bas).

L’auteure s’est plongée dans de nombreuses sources nouvelles ou inexploitées, notamment judiciaires, et a également rencontré des témoins tout en s’intéressant aussi à toutes les traces culturelles.

Des rafles aux chambres à gaz

A la manière d’une enquête policière, elle a étudié la vie quotidienne de tous les acteurs, des internés comme de leurs gardiens, et a ainsi permis de retracer le parcours des uns et des autres, en ce inclus celui des déportés tsiganes. Ce n’est évidemment pas par hasard que l’historienne a titré son ouvrage en précisant que c’était l’antichambre d’Auschwitz. Une manière de mettre l’accent sur le fait que sans l’organisation du camp de rassemblement avec l’aide aussi de collaborateurs belges, la Shoah n’aurait pas pu connaître une telle ampleur dans l’horreur. "Mais Dossin est encore plus que cela" précise Laurence Schram. "C’est le lieu dans lequel il convient d’enraciner l’histoire du judéocide en Belgique et dans le Nord de la France. Car cette histoire est toujours désincarnée et délocalisée. Puis, reconstruire ce passé montre aussi que les souffrances des déportés ont commencé bien avant leur arrivée en Pologne, lors des rafles et lors de leur arrivée et de leur séjour à Malines…" 

"Dossin, l’antichambre d’Auschwitz" est paru aux Editions Racine. Environ 24,95 €