La chute (de val, der Untergang)

Martin Buxant et Francis Van de Woestyne Publié le - Mis à jour le

Belgique

Dimanche 25 avril, 22 heures 30. Une Mercedes noire, immatriculée A3 - la plaque des grandes occasions - sort du palais de Laeken. Son passager, vice-Premier ministre et ministre des Finances de son état, a été reçu pendant près de 4 heures par le chef de l’Etat. Pourquoi un si long entretien ? Certes, Albert II et Didier Reynders s’entendent bien. Mais cela n’explique pas tout.

Curieusement, aucun communiqué du Palais ne ponctue le départ de Didier Reynders, que le Roi aurait dû remercier pour la mission qu’il lui avait confiée: s’assurer dans un très court délai que les conditions soient remplies pour la reprise rapide des négociations sur des problèmes institutionnels et sur BHV en particulier.

La mission est-elle terminée? Elle le sera, dit-on alors, lorsque le Roi recevra Yves Leterme, lundi matin. Et c’est lui, alors, qui reprendra le flambeau. L’ambiance est donc un peu plus sereine Et on s’attend à ce que le Premier ministre, Yves Leterme, Monsieur-Cinq-minutes-de-courage-politique-pour-scinder-BHV, passe de la parole aux actes.

Lundi 26 avril. Didier Reynders confirme: "Tous les éléments sont rassemblés pour reprendre des négociations communautaires". Mais il nuance: "Il faut voir si la volonté politique se confirme "

En fait, les partis susceptibles de négocier maintiennent deux fers au feu. Sur les ondes, les représentants de l’Open VLD soufflent le chaud et le froid. Ainsi, Van Quickenborne, avance masqué à la RTBF et tantôt se montre ouvert à la reprise des négociations, tantôt rappelle fermement l’ultimatum de jeudi. Jour où les Flamands voteront la scission de BHV. Et en marge du Bureau politique des libéraux francophones, le capitaine du FDF Olivier Maingain lâche une salve dont il a le secret: "Pas question, dit-il, de se laisser enfermer dans le cadre de Jean-Luc Dehaene ni dans un quelconque ultimatum". Une déclaration de guerre pour les partis flamands à l’heure où ceux-ci attendent des signes inverses de la part des francophones.

11 heures. Le Premier ministre, Yves Leterme est reçu par le Roi.

Pendant ce temps, à la Chambre, les journalistes affluent par poignées entières. En effet, francophones et Flamands vont - une nouvelle fois - s’affronter pour décider de la mise à l’ordre du jour de la proposition de scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

Arrive Didier Reynders. Le président du MR est ulcéré par les déclarations effectuées par Bart De Wever, la veille, à la VRT et dans "De Standaard" le comparant à Marc Dutroux. "Confier la réforme de l’Etat à Didier Reynders, c’est comme confier des enfants à Marc Dutroux", a osé Bart De Wever dans une analogie douteuse. "On me pousse à réagir à cette comparaison faite par un nationaliste flamand, mais je ne réagirai pas", lance Reynders alors qu’il traverse les couloirs du Parlement.

Quarante minutes plus tard, la conférence des présidents est levée. Pour rappel, cet organe rassemble les chefs de file de tous les groupes du Parlement et décide de l’agenda de l’Assemblée. La séance se termine et, annonce le président de la Chambre Patrick Dewael, "nous n’avons pas pu trouver de consensus entre les partis francophones et flamands". Conséquence: une séance plénière sera bien organisée jeudi. "C’est malheureux", peste le CDH Christian Brotcorne. "C’est contraire aux us et coutumes du Parlement", déplore le PS Thierry Giet. "On va voter jeudi!", plastronne Jean-Marie Dedecker - talonné de (très) près par des députés du Vlaams Belang.

Et puis et puis Et puis, le temps passe. On s’attend à ce que Palais déclare la fin de la mission de Didier Reynders. Et cela tarde un peu: le CD&V n’a en effet aucune envie de revenir sur le devant de la scène puisqu’il estime que les conditions d’une reprise des négociations ne sont pas remplies Soit. Vers 17h, le président du MR est officiellement déchargé de sa mission par le roi Albert. Et Yves Leterme reprend le chemin de Laeken. Pour demander qu’Albert accepte la démission de son gouvernement

"Didier Reynders n’a pas pu rendre possibles les conditions de reprise des négociations aux yeux des autres présidents de parti, expose un négociateur. Pour deux raisons. D’une part, la pression de l’Open VLD en faveur d’un nouvel ultimatum ce jeudi. D’autre part, les déclarations d’Olivier Maingain. Mais, termine ce négociateur, c’est surtout le VLD qui a posé un gros problème". "C’est donc la rupture de confiance entre les partenaires", dit un membre du gouvernement. Albert accepte la démission du gouvernement. Sur le coup des 18h30, un communiqué annonce que le Roi a accepté la démission et a chargé Yves Leterme d’expédier les affaires courantes.

Sur les plateaux de télévision, l’hallali est sonné. Elio Di Rupo, Joëlle Milquet, Jean-Michel Javaux et Didier Reynders pointent tour à tour la responsabilité du jeune président de l’Open VLD, Alexander De Croo. "C’est inadmissible, irresponsable, honteux, stupide", disent-ils. Alexander De Croo, lui, n’en a cure. Il a déjà donné l’injonction à ses aides de camp de réserver des encarts publicitaires dans la presse en prévision des élections et de la campagne électorale qui se dessine. "Je n’ai pris cette décision que dimanche soir, dit-il. C’est parce que nous sommes persuadés qu’il faut rendre la parole aux citoyens et tenir des élections".

Lundi soir. Le fond de l’air est tiède et, à Bruxelles, les réunions politiques se succèdent. Le MR a réuni son Bureau, Ecolo également. Encore une soirée que le coprésident Javaux passera loin d’Amay. Heureusement, il a sa petite valise avec lui. Pensez-donc: tout était prêt pour une longue nuit de négociation. On est jamais trop prévoyant...

Martin Buxant et Francis Van de Woestyne

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