Belgique

Il faudrait idéalement que les imams maîtrisent au moins une des langues nationales et connaissent les valeurs fondamentale de l'Etat belge. C'est là une des recommandations de la commission d'enquête attentats dans son quatrième et dernier rapport qui est consacré au volet "radicalisme".

Les travaux de la commission d'enquête parlementaire, lancée un mois après les attentats du 22 mars 2016, sont terminés. La Commission doit présenter ses recommandations jeudi après-midi en séance plénière à la Chambre. Six chapitres composent ce dernier rapport de la Commission d'enquête. Ils portent sur la Grande mosquée du Cinquantenaire; sur l'islam radical et le radicalisme islamique en Belgique; sur le radicalisme (violent) en prison; sur le radicalisme (violent) et les nouvelles technologies; sur le radicalisme (violent) et l'accueil, l'intégration et l'emploi; et sur le radicalisme (violent) et la prévention et l'école.  

Une des principales recommandation a trait à la Grande mosquée du Cinquantenaire. Les députés l'avaient déjà détaillée le 9 octobre. Ils recommandent au gouvernement de mettre un terme à la convention de 1969 qui a confié la Grande Mosquée du Cinquantenaire à l’Arabie saoudite. Ils proposent d’en confier la gestion à une nouvelle entité impliquant l’Exécutif des musulmans de Belgique et "l’ensemble des sensibilités et courants caractérisant l’islam et les musulmans de Belgique".


Un nombre indéfini de mosquées et d'imams

Le rapport note que le nombre de mosquées et d'imams reste difficile à connaître. Pour Bruxelles, le président de l'Exécutif des musulmans de Belgique avance un total de 54 mosquées existantes, un autre témoin évoque quant à lui un total de 170 mosquées et salles de prière pour la région bruxelloise. L'administrateur de la Sûreté de l'Etat évoque "plus ou moins" 350 mosquées en Belgique. Le même constat est fait pour les imams: ils seraient 650 en Belgique avec seulement 89 d'entre eux reconnus.

Ces mosquées ont changé. "Les experts et témoins auditionnés s’accordent à la quasi-unanimité sur le fait que, aujourd’hui, les mosquées implantées sur le territoire national sont moins des vecteurs de radicalisme que cela a pu être éventuellement le cas par le passé. Ceci s’expliquerait par la surveillance accrue dont les mosquées font l’objet depuis plusieurs années", note la Commission. Néanmoins, note-t-elle, un islam très conservateur continue à être véhiculé dans certaines mosquées du pays.

Les experts entendus par la commission reconnaissent "la possibilité qu’un islam radical, éventuellement avec une dimension d’appel à la violence, puisse encore être prôné au sein de certaines mosquées".


Des imams déconnectés des jeunes

Les personnes entendues par la commission ont noté "la difficulté des contacts entre la génération des 20-30 ans et les mosquées et leurs représentants, au premier desquels les imams". Or, cet âge est présenté comme étant souvent celui du questionnement à la religion. Dans ce questionnement, le point de contact logique pourrait être la mosquée et son imam.

"Toutefois, note la commission, les leaderships des mosquées sont encore le plus souvent encore occupés par des personnes qui éprouvent souvent de grandes difficultés à s’exprimer en français ou en néerlandais, face à des jeunes qui, quant à eux, ne parlent pas l’arabe". C'est notamment ces difficultés de communication qui font - et les imams le reconnaissent - qu'il est difficile de tirer la jeune génération dans les mosquées. Ces jeunes se tournent alors avec la littérature et l'internet où l'offre salafiste est omniprésente.

En conséquence de ces constats, la commission d'enquête recommande que les possibilités pénales qui permettent de dissoudre les associations de droit ou de fait jugées problématiques car disséminant des idées et recommandations contraires au droit belge, soient davantage utilisées. Elle recommande que "la lutte contre les prédicateurs de haine soit encore renforcée et rendue totalement intransigeante" .

Elle plaide pour que la formation des représentants du culte (imams, professeurs de religion islamique, conseillers islamiques en prison) soit approfondie, par la création d'un authentique cursus menant à l'exercice de ces fonctions. "Leur exercice devrait, en outre, idéalement être subordonné à la maîtrise d’au moins une des langues nationales, et à la connaissance des valeurs fondamentales de l’État belge et des principes de droit en résultant", conclut la commission.