Belgique

La commission spéciale de la Chambre "relative au traitement d’abus sexuels et de faits de pédophilie dans une relation d’autorité, en particulier au sein de l’Eglise" vient de baisser - provisoirement ! - ses volets mercredi avec les dernières auditions consacrées au monde des mouvements de jeunesse et plus particulièrement du scoutisme et, une fois encore, au monde du sport.

L’heure est maintenant venue pour la présidente Karine Lalieux (PS) et ses commissaires de rédiger le rapport de leurs travaux, d’y insérer moult données demandées et obtenues tout au long de son action et aussi, sinon surtout, de faire des propositions et des suggestions qui seront d’abord soumises au vote de la commission avant de terminer leur course en séance plénière de la Chambre le 7 avril prochain.

Installée le 10 novembre, la commission spéciale qui a tenu 32 séances et accueilli 112 invités/experts n’a toutefois entamé ses auditions que le 22 novembre, siégeant généralement deux fois par semaine pour tenter de venir à bout d’un dossier bien plus vaste qu’il n’y paraît.

Car si, de fait, on y a beaucoup évoqué les scandales de pédophilie au sein de l’Eglise catholique, les parlementaires se sont aussi intéressés à d’autres secteurs de la vie publique susceptibles de connaître des cas d’abus sexuels dans une relation d’autorité.

C’est ainsi qu’il y a eu une séance poignante consacrée aux problèmes de l’inceste avec le témoignage éclairant d’actrices de terrain mais aussi des auditions relatives aux problèmes potentiels pouvant se poser dans l’environnement des médecins, voire des psychologues.

Mais il est clair que l’attention des députés s’est surtout focalisée sur les dérives constatées dans l’Eglise et sur sa manière de les assumer à travers les commissions Halbsberget et Adriaenssens qui ont pu donner l’impression qu’elle encourageait une justice parallèle. A cet égard, les auditions de l’ex-juge Godelieve Halsberghe et du pédopsychiatre Peter Adriaenssens furent des moments-charnière. Cela dit, de par sa nature même, une commission spéciale, aussi bien conseillée fût-elle, devait aussi trouver ses marques.

Globalement, l’on peut dire que la commission présidée par Karine Lalieux s’en est bien tirée même s’il était apparu assez rapidement qu’un certain nombre d’élus n’avaient de l’institution ecclésiale et de son fonctionnement qu’une connaissance assez approximative, même lorsqu’ils avaient fréquenté des écoles et des universités s’inscrivant dans l’orbite de l’Eglise.

Se greffèrent encore là-dessus la spécificité et surtout la rare complexité du droit canon qui divise souvent les canonistes eux-mêmes. Les députés ont aussi dû naviguer entre les éclairages apportés par les porte-paroles des victimes qui étaient parfois aux antipodes de ceux donnés par les représentants officiels de l’institution. A cet égard, le fait d’avoir fait venir l’ensemble des évêques belges fut finalement très positif, d’autant plus que l’Eglise est sans doute l’institution la plus fédéralisée de la Belgique, chaque diocèse disposant d’une grande autonomie.

D’autres temps forts des auditions furent sans conteste les interpellations des responsables des congrégations et ordres religieux, au langage souvent très direct, ce qui ne put que plaire aux commissaires.

Mais la commission Lalieux n’était évidemment pas mandatée uniquement pour déceler les dysfonctionnements de l’Eglise : si, au cours de ces dernières décennies, l’on a pu avoir l’impression qu’elle pouvait courir entre les gouttes, c’est aussi parce que la justice et la police n’ont pas nécessairement fait tout ce qu’elles auraient pu pour faire émerger les dossiers. Les séances avec les juges de tous échelons et avec les enquêteurs de terrain furent dès lors tout aussi utiles. Peut-être même davantage que celle qui rassembla les derniers ministres de la Justice.

Vendredi et samedi prochains, les commissaires s’isoleront au Parlement pour rédiger leur rapport final. Dans un souci général d’économie mais aussi de facilité, ils ne se mettront pas au vert dans l’un ou l’autre centre de séminaires, hôtel voire couvent.