Belgique

Si l'on s'était fié au seul pouvoir exécutif, l'anniversaire de la fondation de la Belgique se serait limité à l'évocation de la révolution et de la mise en place du Congrès national. Punt, ander lijn...

Mais le Sénat veillait au grain... et, dès lors, du 6 au 8 février, la Haute assemblée marquera dignement les 175 ans de l'adoption de la Constitution sans laquelle il n'y aurait, évidemment, pas eu de Belgique non plus. Par une animation particulière pour les jeunes et par une séance académique - voir ci-dessous - mais aussi à travers «un livre qui se veut démocratique» du sénateur-constitutionnaliste Francis Delpérée.

Une fois n'est pas coutume, «ce livre écrit en six semaines mais qui est en fait le fruit de 40 ans d'observations» vise moins les doctes juristes que «le citoyen, l'électeur, le lecteur de base».

Parce qu'il est «urgent» de réconcilier le citoyen et le pouvoir. «Ce n'est pas un catéchisme du peuple mais la Constitution peut être un bon catalyseur», commente le sénateur CDH. «C'est quoi, la démocratie y compris la démocratie parlementaire? C'est la culture du débat entre les citoyens et les gouvernants.» Delpérée se défend toutefois d'avoir fait un livre politique. Tout au plus peut-être un livre pédagogique.

C'est vrai et pas vrai à la fois. Il est bigrement éclairant car son essai évoque toutes les grandes mutations de notre Loi fondamentale en se plaçant, selon une expression qui lui est chère, «du point de vue de Sirius», entendez qu'il se met volontairement sur la ligne de touche du terrain politique. Mais l'observateur et l'acteur politiques reviennent au galop dans son épilogue. S'il est indéniable que la Constitution de 1831 a servi de modèle de par le vaste monde, il faut oser envisager le futur. Delpérée aligne donc toutes les hypothèses, y compris les pires scénarios catastrophes. Comme une scission à la tchécoslovaque? Peu réaliste, eu égard à la composition des Etats - deux, trois, quatre? - sans même parler du fait que «la Tchéquie et la Slovaquie ont été construites sur les ruines du mur de Berlin. Et que faire des ouvrages de l'Albertine?» On se les partagerait comme jadis, de funeste mémoire, à l'UCL? Un scénario belliqueux n'est pas non plus envisageable. Et Delpérée de rappeler qu'ayant dû un jour définir le fédéralisme belge, il avait répondu à un parterre de journalistes internationaux que «c'était laisser les armes au vestiaire»...

Quant aux hypothèses sécessionniste ou rattachiste, voire régionaliste européenne ou confédéraliste, elles paraissent peu probables pour mille et une bonnes raisons. Alors? Ni naïf, ni adepte du Dr Coué, Francis Delpérée annonce d'autres conflits, d'autres bisbrouilles communautaires mais voit un futur dans la mise en pratique de la Constitution. «Dans le texte et dans l'esprit.» Mieux: «Elle peut par son message fédéral et social représenter une règle de vie pour les lendemains d'anniversaire.» Avec un Sénat des entités fédérées à la vocation internationale appuyée, comme il sied dans un vrai Etat fédéral...

«La Constitution de 1830 à nos jours, et même au-delà», Editions Racine, 240 pp,, 19,95€.

© La Libre Belgique 2006