Belgique

Surdoués", "intellectuellement précoces", "à hauts potentiels", etc. Les qualificatifs sont multiples pour désigner les enfants qui ont un quotient intellectuel (QI) plus élevé que la moyenne.

On considère qu’environ 5 % de la population scolaire est à hauts potentiels, soit, en moyenne, 1 à 2 élèves par classe. Mais qui dit QI plus élevé, ne dit pas nécessairement parcours scolaire sans encombre. Loin de là ! "Pendant longtemps, on est parti avec l’idée qu’un enfant très doué se débrouillera toujours tout seul, raconte Danielle Tellier, psychologue en centre PMS. Mais on a dû constater qu’une quantité de ces enfants se trouvaient en échec scolaire ou en échec en comportement." En cause ? "Un des drames de ces enfants, explique-t-elle, c’est qu’ils comprennent vite et ont une mémoire exceptionnelle, donc ils n’étudient pas. Arrive un moment où la quantité de matières est trop importante et c’est la catastrophe : ils sont en échec."

Elle complète : "Un tiers des enfants HP s’en sortent car ils ont eu la chance d’avoir des parents qui les ont bien guidés et de fréquenter des écoles plus attentives que d’autres, enchaîne Mme Tellier, un tiers perdent pied, mais finissent par être aidés, redoublent une fois, deux fois et puis s’en sortent, tandis que le dernier tiers ne termine jamais l’école secondaire parce que ça ne va pas du tout." On estime en effet qu’un élève à hauts potentiels sur trois serait en échec scolaire.

"Beaucoup de souffrances sont au menu de certains enfants à hauts potentiels et de leurs parents, témoigne Françoise, maman de plusieurs enfants HP. Chaque enfant réagit de manière différente face à son ‘mal être’. Il y a les perturbateurs de classe, des insolents, d’autres qui s’isolent dans le fond de la classe ou qui essayent de se fondre dans la masse en ‘bêtifiant’, il y a ceux qui fuguent, "

Des situations qui démontrent que "les élèves HP sont des élèves à besoins spécifiques, comme le sont ceux qui souffrent de troubles de l’apprentissage, affirme la ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet (CDH). L’accompagnement de ces élèves mérite donc une attention particulière, mais en les intégrant dans une école commune."

Une démarche inclusive

Contrairement à la France ou la Suisse qui ont des établissements spécifiques pour les élèves "surdoués", la Belgique n’a pas suivi cette voie. En 1999, sous l’impulsion du ministre de l’Enseignement Pierre Hazette (PRL-FDF), est lancée une recherche-action interuniversitaire sur les jeunes HP et est étudiée la question de créer un enseignement spécialisé pour accueillir les jeunes HP en difficultés. "A l’époque, le Conseil supérieur de l’enseignement spécialisé a déclaré qu’il ne fallait pas créer d’établissements spéciaux, rappelle Mme Simonet. Les recherches lancées ont aussi abouti à la conclusion que ces enfants ont des besoins particuliers, mais que ce n’est pas une bonne méthode de les isoler et qu’il vaut mieux une démarche inclusive."

Danielle Tellier confirme : "Il est essentiel que les enfants HP puissent fréquenter des enfants ‘comme tout le monde’ et de leur âge, mais en ayant des enseignants qui savent très bien qui sont ces enfants. C’est pour cela qu’il faut que les enseignants soient formés à mieux connaître les élèves HP."

Tous les professeurs n’ont pas reçu dans leur formation initiale toutes les connaissances actuelles sur les élèves HP. C’est pourquoi la ministre Simonet, interpellée par "la façon dont vont être accueillis ces enfants sur le terrain", a demandé au Réseau interuniversitaire (UCL, ULB, UMons) "de devenir plus concret", notamment en mettant en œuvre des modules de formation initiale et/ou continue sur la thématique des jeunes à hauts potentiels.

De même vient d’être éditée une toute nouvelle brochure intitulée "Enseigner aux élèves à hauts potentiels". Objectif ? Permettre aux équipes éducatives de mieux connaître les élèves HP et la variété de leurs profils, mais aussi leur proposer des pistes de différenciation pédagogique. Ce nouvel outil sera officiellement présenté ce vendredi, à l’occasion du colloque de clôture de la recherche-action interuniversitaire sur la "Scolarisation des élèves à hauts potentiels" à Namur.