Belgique

L’Université catholique de Louvain a tranché suite à la procédure disciplinaire lancée la semaine dernière à l’encontre du chargé de cours invité en philosophie, Stéphane Mercier. Pour rappel, ce dernier dans le cadre de ses cours donnés aux candidats bacheliers a tenu publiquement des propos très polémiques sur l’interruption volontaire de grossesse, qualifiée notamment de "meurtre" et pouvant être "pire que le viol".

Des paroles appuyées sur un document évoquant aussi la théorie du genre. Sur ce dernier point on sait que Stéphane Mercier à recentré ses propos. Reste que l’UCL a décidé de suspendre ses activités d’enseignement "dans la mesure où il est apparu que la sérénité requise pour dispenser ses enseignements dans de bonnes conditions n’était plus assurée".

Du côté de l’Alma Mater néolouvaniste, on souligne que M. Mercier a été entendu. "L’instruction du dossier est clôturée et a abouti à une proposition de sanction disciplinaire. L’intéressé en a été immédiatement informé. Des recours sont autorisés par la procédure et ses enseignements restent suspendus jusqu’à la décision finale. Cette procédure, qui relève de la relation contractuelle entre un employeur et son employé, s’est déroulée, de la part de l’UCL, dans la plus stricte confidentialité afin de respecter les droits des personnes concernées".

Liberté académique

Selon l’UCL "la liberté académique est un fondement de nos missions. Nous tenons à rappeler notre profond attachement au rôle de l’université comme animatrice de débats et d’échanges, y compris sur des questions controversées. Ce rôle, essentiel pour la formation de citoyens critiques et responsables, ne peut s’exercer pleinement qu’en garantissant l’expression sereine et respectueuse de différents points de vue et dans des cadres fondés sur la rigueur scientifique. C’est dans cet esprit que l’université a instruit les plaintes qui lui ont été adressées".

"L'UCL est d'abord une université"

Vincent Hanssens, professeur émérite de l’UCL est ancien secrétaire général de la Fédération internationale des universités catholiques. Il est bien placé pour analyser les remous suscités dans certains milieux par la mise à l’écart de Stéphane Mercier. "Les réactions, souvent acerbes, qui s’expriment au sujet de l’affaire m’incitent à un double commentaire. D’abord sur la nature, les tâches et les responsabilités d’une université catholique. Il y a, une fois de plus une confusion entre une telle université et une institution ecclésiale, un séminaire notamment, chargée de la formation de clercs et laïcs. L’université catholique, et ce d’autant plus qu’elle n’est pas pontificale, n’est pas, à l’inverse du séminaire, une institution d’Eglise mais une institution dans l’Eglise. Selon notre interlocuteur "elle assure un enseignement axé fondamentalement sur la recherche scientifique et non sur la Révélation, ce qui ne l’empêche guère de s’interroger sur les rapports entre foi et raison, de retenir la dimension de la spiritualité dans la formation des étudiants et de faire son travail de recherche en ne négligeant pas les acquis de la foi, s’il y a lieu, mais en ne s’y soumettant pas. Elle est université avant d’être catholique".

Il y a encore une autre confusion aux yeux de Vincent Hanssens…

"Il faut distinguer débat universitaire et débat politique. L’université est-elle un lieu de débat ? Oui… mais ce terme est souvent ambigu car il a fréquemment une connotation politique. La "faute" du Pr Mercier est de les avoir confondus et de s’être livré à un discours politique dans le cadre d’un enseignement universitaire. C’est un manquement déontologique grave. Il a "perverti", entendez : détourné de ses fins une fonction essentielle de l’université, se servant de ce contexte d’enseignement et de son autorité morale de professeur pour faire passer une opinion personnelle, qu’il a le droit d’exprimer librement, mais pas dans ce contexte. Si débat il y a dans le cadre d’un enseignement, il ne peut être que scientifique".

Un débat plus politique qu’universitaire

Pour le Pr Hanssens "il doit reposer sur la confrontation de recherches pouvant prêter à interprétations et à opinions diverses. Un débat "pour ou contre" est davantage politique qu’universitaire. Les autorités ont eu raison de suspendre son enseignement tant que l’analyse de la situation est en cours".

Sous la direction de Vincent Hanssens est paru aux Editions Mols "De l’emprise à la liberté", un ouvrage éclairant sur les dérives sectaires dans l’Église. On y reviendra.