La France va aider les Belges à gérer la base polaire Princesse Elisabeth

Frédéric Chardon Publié le - Mis à jour le

Exclusif
Belgique

Une nouvelle page est en train de s’écrire dans l’aventure belge en Antarctique. En effet, suite notamment aux grosses difficultés rencontrées avec la Fondation polaire internationale (IPF), présidée par Alain Hubert, la Belgique vient de signer une convention de partenariat avec la France afin de pouvoir bénéficier de l’expérience de nos voisins dans les expéditions scientifiques en Antarctique.

Plus exactement, la convention en question a été conclue le 20 janvier dernier entre l’administration fédérale de la Politique scientifique et l’Institut polaire français Paul-Emile Victor, du nom du célèbre explorateur polaire. Cette information a été confirmée hier par plusieurs cabinets ministériels fédéraux.

En effet, la Politique scientifique belge souhaite pouvoir assurer la reprise en main de la gestion de la station polaire belge en Antarctique - la base Princesse Elisabeth - par le secteur public si la collaboration avec l’IPF, fondation privée, devait être dénoncée par la Belgique.

Pour rappel, la situation est franchement explosive. Le dirigeant de l’administration fédérale, Philippe Mettens, a transmis tout récemment un lourd dossier contre Alain Hubert au procureur du Roi de Bruxelles. Dans cette pile de documents, Philippe Mettens a dénoncé au parquet ce qu’il perçoit comme des conflits d’intérêts dans le chef de l’aventurier belge et des prises illégales d’intérêts.

En résumé, des sociétés dans lesquelles lui et/ou sa femme sont présents ont facturé et facturent encore des prestations à la Fondation polaire, chapeautée par le même Alain Hubert, dans le cadre des missions belges en Antarctique financées en grande partie par de l’argent public. Cette situation dérange profondément l’administration fédérale et le ministre en charge de la Politique scientifique, Philippe Courard (PS), qui a décidé de mettre fin à ce qu’il a qualifié de "micmac". Notamment par la mise en place d’une nouvelle organisation qui respecterait, entre autres, la législation sur les marchés publics.

Face à ces accusations, la Fondation polaire internationale s’est défendue avec vigueur et rejette tout problème de gestion et de conflits d’intérêts. Mais le dossier transmis au parquet n’est que la partie émergée de l’iceberg des nombreux conflits qui opposent Alain Hubert à l’Etat belge dans l’organisation des missions en Antarctique.

Par exemple, d’anciens participants aux missions dirigées par l’explorateur belge (des scientifiques mais aussi des militaires aguerris) ont reproché à ce dernier un caractère jugé excessif lors des opérations sur place.

Une gestion publique

Mais bref, la Belgique veut pouvoir se passer à l’avenir de l’IPF et gérer la base Princesse Elisabeth uniquement dans le giron du secteur public. Pour cela, de l’aide est nécessaire pour encadrer la logistique des longues expéditions jusqu’au pôle Sud, le transport du matériel, le choix adéquat de ce même matériel, la désignation d’un chef de station responsable au quotidien de la base pendant la durée des missions. Et donc, passer par l’Institut Paul-Emile Victor (qui relève du secteur public et qui est responsable des missions en Arctique et en Antarctique), est la solution envisagée pour accompagner les Belges dans "l’après Alain Hubert".

Pas de réaction de l’IPF

Cette solution a également le gros avantage de respecter le traité sur l’Antarctique qui prévoit que ce continent doit être géré conjointement par les pouvoirs publics des différents Etats et non par le secteur privé. Or, l’IPF, justement, est une organisation privée… Au-delà de la France, la Belgique a pris d’autres contacts interétatiques pour les mêmes raisons : avec le Grand-Duché de Luxembourg et avec la Suisse.

Concrètement, la convention avec l’Institut Paul-Emile Victor pourrait donc intervenir dès la prochaine campagne scientifique belge (2015-2016) à la base polaire.

Malgré nos tentatives, nous n’avons pas pu obtenir de réaction de la Fondation polaire internationale à l’égard de nos informations.

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